Eglise de la Trinité Jeudi 3 avril 2008
Messe pour la Vie,
à l'occasion du XIV° anniversaire du rappel à Dieu
du Professeur Jérôme Lejeune
Introduction
Nous sommes réunis nombreux, ce soir, pour célébrer, dans la lumière encore toute proche de Pâques, le mémorial de la Passion et de la Résurrection du Christ. Au cours de cette messe, nous ferons mémoire du Professeur Jérôme Lejeune, bien sûr, rappelé à Dieu le matin de Pâques il y a juste 14 ans, le 3 avril 1994. Mais nous prierons aussi pour tous ceux qui s'engagent, aux côtés de l'Eglise, dans le respect inconditionnel du droit à la vie de toute personne humaine. Nous prierons pour que se lève une nouvelle génération de Serviteurs de la Vie : médecins, chercheurs, chrétiens consacrés au service de la Vie.
Le Pape Jean-Paul II demandait, au terme de sa splendide encyclique Evangelium Vitae : « Une grande prière pour la vie, qui parcourt le monde entier, est une urgence. Que, par des initiatives extraordinaires et dans la prière habituelle, une supplication ardente s'élève vers Dieu, Créateur qui aime la vie, de toutes les communautés chrétiennes, de tous les groupes ou mouvements, de toutes les familles, du coeur de tous les croyants » (EV 100). C'est pour répondre à cette invitation que nous sommes ici ce soir.
Nous prierons aussi pour les victimes innocentes de la « culture de la mort » (EV 95), sans oublier, enfin, ceux qui ne servent pas la vie, ceux qui ne la respectent pas, afin que l'amour du Christ Ressuscité, vainqueur de la mort, touche leur coeur et leur fasse découvrir le message lumineux de l'Evangile de la Vie. Le fait que la fête de Pâques ait été célébré très tôt, cette année, nous permet de vivre cette messe anniversaire alors que nous sommes déjà dans la deuxième semaine du Temps Pascal. Or cette semaine est d'une densité liturgique et spirituelle très grande : après la célébration, dimanche dernier, de la Miséricorde du Seigneur, « clé de lecture de tout le pontificat de Jean-Paul II », selon les paroles mêmes du Pape Benoît XVI, nous fêtions, lundi, la solennité reportée de l'Annonciation du Seigneur, contemplant Marie « accueillant la Vie au nom de tous et pour le bien de tous » (EV 102). Hier, enfin, 2 avril, nous commémorions l'entrée dans la Vie du Serviteur de Dieu Jean-Paul II, défenseur infatigable de la vie et de la dignité de la personne humaine.
C'est donc dans l'action de grâces et la ferveur que nous entrons dans cette célébration. Et tout d'abord, demandons pardon au Seigneur pour toutes les fois où nous n'avons pas vraiment choisi la vie, pour toutes les fois où nous nous sommes détournés de Dieu par le péché, l'égoïsme, le mensonge, la dureté de coeur, le refus du pardon. Mettons-nous en présence du Dieu de Miséricorde et supplions-le de nous accorder son pardon.
Homélie
Laissons-nous interpeller, ce soir, par la Parole de Dieu que nous offre l'Eglise. Les lectures de ce jeudi de la deuxième semaine du temps pascal sont particulièrement adaptées à la célébration qui nous réunit. Je ne retiendrai, ce soir, que deux points pour notre méditation.
1. Tout d'abord, je voudrais revenir sur le court passage d'Evangile qui vient d'être proclamé. Il est assez peu connu. La liturgie ne nous le propose qu'une seule fois dans l'année. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, ce discours n'est pas mis par l'évangéliste saint Jean dans la bouche de Jésus, mais dans celle de Jean-Baptiste. Des disciples du Précurseur, en effet, sont venus lui dire que ce Jésus, à qui il avait rendu témoignage, baptisait, lui aussi. Jean-Baptiste, bien loin d'en prendre ombrage, se compare plutôt à l'ami de l'époux, qui reste caché et trouve sa joie dans le bonheur et la gloire de l'époux. Et il ajoute : « Il faut qu'il croisse et que moi, je diminue » (Jn 3, 30).
Vient alors notre petit passage de ce soir. Le message central de ce texte tient en quelques phrases : « Celui que Dieu a envoyé dit les paroles mêmes de Dieu, car Dieu lui donne l'Esprit sans compter. Hélas, personne n'accepte son témoignage. Pourtant, le Père aime le Fils et a tout remis dans sa main. Alors, celui qui croit au Fils a la vie, la vraie vie ». On croirait entendre le Prologue de Jean : « En lui, le Verbe, était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu. Mais à ceux qui l'ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, fils de Dieu » (Jn 1, 4. 11-12). Ou encore, le discours à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Mais la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs oeuvres étaient mauvaises » (Jn 3, 16.19).
Trois passages parallèles de saint Jean, mais un même message. En Dieu est la Vie, la vraie Vie. Et Dieu a tant aimé les hommes qu'il leur a donné la Vie, qu'il leur a donné Sa vie. Mais cette Vie n'a pas été reçue. Les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière. Ils ont préféré la mort à la vie. Quel mystère! Tout le drame de l'humanité est là. L'homme préfère la mort à la vie. Pourtant, le Dieu d'amour, par la bouche de Moïse, avait adressé à l'homme une parole vigoureuse et sans ambiguïté, que nous trouvons à la fin du livre du Deutéronome : « Vois, je te propose aujourd'hui la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité, vous viviez » (Dt 30, 15-20).
Choisir la vie, c'est-à-dire la recevoir de Dieu et refuser avec force toute connivence avec la mort. Or ce n'est pas si facile. Il y a tellement de façons de ne pas choisir la vie, d'avoir des connivences avec la mort, pour autrui ou pour soi-même! Alors, puisque l'homme, dès le péché des origines, s'est détourné de la vie et a choisi le fruit qui conduit à la mort, Dieu lui-même est venu le visiter, il est venu devenir l'un de nous. Lui, qui est la Vie, il est venu rencontrer la mort et en triompher, définitivement. Et il nous entraîne dans son «Passage », dans sa Pâque, afin que nous aussi, en Lui, nous soyons vainqueurs de la mort. La séquence de Pâques nous faisait chanter ces jours-ci : « La mort et la vie s'affrontèrent dans un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut. Mais, vivant, il règne! ».
Pourtant cette victoire du Christ sur la mort, cette Pâque que nous avons célébrée avec ferveur il y a quelques jours (et que nous célébrons dans chaque Eucharistie) passe par la Croix. Là encore, quel mystère! « Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans la gloire? » dit Jésus aux disciples d'Emmaüs? Pourquoi donc fallait-il que le triomphe sur la mort passe par la mort elle-même? C'est le mystère de Dieu, que nous ne pouvons que contempler et auquel nous devons consentir. Le Christ n'est pas venu nous expliquer pourquoi il fallait qu'il en soit ainsi. Il est venu nous montrer le chemin. Plus encore, il est venu vivre ce mystère en chacun d'entre nous. Oui, il y a un lien mystérieux entre l'amour et la souffrance. Il y a un lien mystérieux entre la mort et la vie éternelle. C'est dans la mort elle-même que le Christ a vaincu la mort. C'est dans sa mort même que Jésus accueille la toute-puissance paternelle du Père qui le fait triompher de la mort. C'est dans ce dépouillement extrême de la mort (que saint Paul n'hésite pas à appeler l'« ennemi » : inimica mors) que Jésus s'ouvre à la puissance du Père et qu'il devient, pour tous les hommes, le principe du salut. Jean-Paul II a, sur ce sujet, écrit des pages magnifiques : « En regardant la Croix, nous pouvons découvrir dans cet arbre glorieux l'accomplissement et la pleine révélation de tout l'Evangile de la vie. [...] Par sa mort, Jésus éclaire le sens de la vie et de la mort de tout être humain. [...] Le salut opéré par Jésus est un don de vie et de résurrection. [...] C'est à la vie même de Dieu qu'il est donné à l'homme de participer. C'est la vie qui, par les sacrements de l'Eglise – dont le sang et l'eau du côté du Christ sont le symbole –, est continuellement communiquée aux fils de Dieu, qui deviennent ainsi le peuple de la Nouvelle Alliance. De la Croix, source de vie, naît et se répand le « peuple de la vie » (EV 50-51). Si la vie humaine a tant de prix, si elle doit être respectée et défendue, aimée et servie, depuis la conception jusqu'à la mort naturelle, c'est parce que l'homme, créé à l'image de Dieu, est appelé à une plénitude de vie qui va bien au-delà des dimensions de son existence sur terre, puisqu'elle est la participation à la vie même de Dieu (cf. EV 2). Le Christ atteint sur la Croix le sommet de l'amour. Il est mort lui-même pour nous alors que nous étions encore pécheurs. De cette façon, il proclame que la vie atteint son centre, son sens et sa plénitude, quand elle est donnée (cf. EV 51).
2. Le deuxième point que je voudrais retenir, ce soir, est dans le prolongement du premier. Il nous est indiqué par une phrase des Actes des Apôtres que nous avons entendu dans la première lecture. Délivrés miraculeusement de la prison où ils ont été enfermés, les Apôtres sont envoyés par l'ange de Dieu annoncer au peuple les paroles de vie. Mais ils sont arrêtés et conduits devant le grand-prêtre qui les blâme de continuer à enseigner ce message de vie, malgré l'interdiction formelle du grand conseil.
Pierre répond alors : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». Cette phrase lapidaire est, là encore, bien adaptée à notre célébration de ce soir. Lorsque les hommes nous interdisent de proclamer le message de vie, l'Evangile de la vie, retentit alors cette parole sans ambiguïté : il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Nous touchons ici la question essentielle des rapports entre la loi civile et la loi morale. Beaucoup considèrent que le relativisme éthique, qui caractérise une grande part de la culture contemporaine, est une condition de la démocratie, parce que seul il garantirait la tolérance, le respect mutuel des personnes et l'adhésion aux décisions de la majorité, tandis que les normes morales, tenues pour objectives et sources d'obligation, conduiraient à l'autoritarisme et à l'intolérance. Mais la problématique du respect de la vie fait précisément apparaître les équivoques et les contradictions, accompagnées d'ailleurs de terribles conséquences concrètes, qui se cachent derrière cette conception erronée.
Pour l'avenir de la société et pour le développement d'une saine démocratie, il est donc urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales essentielles et originelles, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui expriment et protègent la dignité de la personne : ce sont donc des valeurs qu'aucune personne, aucune majorité ni aucun Etat ne pourront jamais créer, modifier ou abolir, mais que l'on est tenu de reconnaître, respecter et promouvoir.
Comme le rappelait Jean-Paul II dans l'encyclique Evangelium Vitae : « Les lois qui autorisent et favorisent l'avortement et l'euthanasie (nous pourrions ajouter le suicide assisté et l'expérimentation sur l'embryon) s'opposent, non seulement au bien de l'individu, mais au bien commun et, par conséquent, elles sont entièrement dépourvues d'une authentique validité juridique. Il s'ensuit que, lorsqu'une loi civile légitime l'avortement ou l'euthanasie, du fait même, elle cesse d'être une vraie loi civile, qui oblige moralement. L'avortement et l'euthanasie sont donc des crimes qu'aucune loi humaine ne peut prétendre légitimer. Des lois de cette nature, non seulement ne créent aucune obligation pour la conscience, mais elles entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience » (EV 72-73).
Jérôme Lejeune fut un témoin exceptionnel de cette obligation d'obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, « prêt à devenir un signe de contradiction, sans considération des pressions exercées par la société permissive ni de l'ostracisme dont il était l'objet » selon les mots mêmes de Jean-Paul II dans son message au lendemain de sa mort. Jérôme Lejeune n'a cessé de rappeler qu'une « société qui tue ses enfants a perdu à la fois son âme et son espérance ». Et il ajoutait : « il faut dire clairement les choses : la qualité d'une civilisation se mesure au respect qu'elle porte aux plus faibles de ses membres. Il n'y a pas d'autre critère de jugement ». Frères et soeurs, renouvelons notre engagement généreux au service du respect inconditionnel de la vie humaine, car il est le fondement d'une société renouvelée. Il nous est demandé d'aimer et d'honorer la vie de tout homme et de toute femme, et de travailler avec constance et avec courage pour qu'en notre temps, traversé de tant de signes de mort, s'instaure enfin, à la demande répétée de nos papes, une nouvelle culture de la vie.
Dieu, qui as créé l'homme à Ton image et l'as destiné à partager Ta gloire, nous Te rendons grâce pour avoir fait don à Ton Eglise, et au monde, du Professeur Jérôme Lejeune, éminent Serviteur de la Vie. Il a su mettre son immense intelligence et sa foi profonde au service de la défense de la vie humaine, tout spécialement de la vie à naître, dans le souci inlassable de soigner et guérir. Témoin passionné de la vérité et de la charité, il a su réconcilier, aux yeux du monde contemporain, la foi et la raison. Nous t'en prions, qu'à son exemple et à son intercession, se lève une nouvelle génération de Serviteurs de la Vie : médecins, chercheurs, chrétiens, consacrés au service de la vie et de la dignité de la personne humaine.
Amen
Dom Jean Charles Nault
Prieur de l'abbaye Saint Wandrille
Samedi 28 mars 2009
Paroisse de la Madeleine
Messe célébrée à l’occasion du 15ème anniversaire de la mort du Professeur Jérôme Lejeune, pour que la dignité de la vie humaine soit aimée et défendue de ses premiers instants jusqu’à sa fin naturelle
Lectures du 5ème dimanche de Carême
- Jr 31, 31-37 ; Ps 50, 3-4.12-15 ; He 5, 7-9 ; Jn 12, 20-33
Homélie du cardinal André Vingt-Trois
Frères et sœurs,
Dimanche après dimanche, à mesure que nous nous approchons des célébrations de la Pâque, la liturgie nous fait entrer dans le sens des événements dont nous allons faire mémoire. Jésus, au long des chemins de Judée et de Galilée, préparait ses disciples à vivre ce qui allait survenir. De la même manière, l’Église nous dispose à la célébration pascale en nous invitant à méditer sur certains passages de l’Evangile, comme sur cette phrase de Jésus que nous venons d’entendre : « ce n’est pas pour moi que cette voix s’est faite entendre, c’est pour vous » (Jn 12, 30).
La voix venue du ciel annonce par avance la glorification du Fils, non pas pour le prévenir de ce qui va lui arriver, mais pour que les disciples puissent affronter dans la foi et la confiance, l’épreuve considérable de la Passion de Jésus. Ils vont en effet découvrir que celui qui s’est manifesté comme l’envoyé de Dieu et le Messie d’Israël, n’accomplit pas sa mission en imposant sa force ou par la magie de sa parole de vérité, mais par l’offrande de sa vie, dévoilant ainsi l’amour extrême de Dieu. Nous aussi, lorsque le jour du Vendredi Saint, nous méditerons sur la Passion du Christ, nous serons confrontés à ce scandale rendu public aux portes de Jérusalem : celui qui se présentait comme le Fils de Dieu a été exécuté comme un brigand ! Comment les disciples de Jésus, qui furent témoins de sa mort, n’auraient-ils pas été atteints dans la confiance qu’il lui faisait ? Comment ne se seraient-ils pas demandé si Dieu ne l’avait pas délaissé, alors que Jésus lui-même reprenait sur la croix le verset du Psaume : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21(22), 1).
L’expérience de la foi nous donne de voir que l’eau et le sang qui jaillissent dans l’offrande que Jésus fait de sa vie sont source vivifiante pour tous les hommes, selon les mots de l’évangile de saint Jean (19, 34).
C’est pourquoi les paroles de Jésus dans l’évangile que nous venons d’entendre ne visent pas seulement à satisfaire la curiosité des quelques grecs craignant-Dieu venus en pèlerinage à Jérusalem. Ceux-ci sont comme l’avant-garde des nations païennes qui bientôt seront réunies dans l’appel du Salut. Le don que Jésus fait de sa vie ne vise pas seulement le peuple d’Israël, même élargi aux craignant-Dieu venus du paganisme, mais bien l’humanité entière. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12, 32). Puisque comme l’écrit Saint Paul « Le Christ est mort pour tous » (2 Co 5, 14), puisque par la mort d’un seul les sources de la vie ont été ouvertes à tous les hommes, nous sommes invités à réfléchir sur le sens que nous donnons à la mort et à la vie.
Beaucoup de ceux qui ne comprennent pas l’attachement que nous portons à la vie, nous confondent avec une sorte de secte païenne mue par un étrange vitalisme. Comme s’il y avait une sorte de magie du verbe, qui ferait frémir chaque fois que l’on entend le mot « vie ». Mais nous ne croyons pas à la vie, pas plus que nous ne croyons à la mort. Nous croyons en Dieu qui est source de la vie et maître de la mort. Nous ne sommes pas engagés dans une sorte d’attachement fanatique à défendre la vie d’une façon indéfinie. Nous voulons reconnaître que nous, pauvres humains, nous ne possédons pas la vie mais que nous la recevons et que nous la transmettons. Notre foi et notre réflexion nous conduisent au respect de la vie, à cause de Celui qui en est la source et qui est l’amour. C’est lui que nous adorons.
Nous ne défendons pas la vie, nous défendons l’amour qui se manifeste à travers le don de la vie. C’est cela qui nous conduit à accueillir toute vie humaine comme un don gratuit, sans chercher à la discuter ou à la mettre en cause, à l’accepter ou la refuser selon les circonstances. Nous devons la recevoir comme le signe de l’amour de Dieu qui se donne.
Si, par une sorte d’écologisme spirituel, nous nous battions pour défendre à tout prix n’importe quelle vie, comment pourrions-nous rendre compte de l’offrande que Jésus fait de sa vie librement, par amour de son Père et pour le salut des hommes ? Et l’exemple du Christ nous apprend justement que, pour accueillir pleinement toute vie comme un signe de l’amour de Dieu qui se donne, il nous faut reconnaître que nous aussi, unis au Christ, nous sommes invités à donner notre vie par amour pour nos frères.
La valeur infinie et le respect de toute vie humaine ne viennent ni d’un vitalisme primitif, ni d’une admiration particulière pour les talents des uns ou des autres, ni d’une sorte de vénération informe pour l’espèce humaine. Notre attachement à toute vie humaine est porté par l’amour, l’amour de Dieu qui nous fait vivre, et l’amour de nos frères pour lesquels notre vie est donnée. En dehors de cette vie reçue et de cette vie offerte, il n’y a pas d’autre sens à l’existence humaine.
Aujourd’hui, dans notre sphère culturelle, beaucoup d’hommes et de femmes ont peur, peur de l’avenir ou du présent, peur de la vie et peur de l’accueillir, peur de la donner, de la respecter, de l’accompagner ou de la voir se terminer.
Dans ce climat construit sur la crainte et générateur d’anxiété, le témoignage que nous pouvons rendre ne consistera pas à proclamer contre vents et marées que tout est beau. Il s’agira de manifester la puissance de l’amour que Dieu nous porte, la grandeur de l’amour qu’il met en nous, la réalité de l’amour dont il nous fait vivre. Car alors, nous serons capables d’accueillir la vie avec reconnaissance, de la respecter et de la défendre vraiment.
Ce chemin, nous le savons, est un chemin de sacrifice, « si le grain tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meurt il donne beaucoup de fruits. Celui qui aime sa vie la perd, celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12, 24-25). Avec le Christ nous sommes invités à offrir notre vie par amour de Dieu et par amour de nos frères. Et à dévoiler ainsi le sens profond et ultime de toute existence humaine, qui ne consiste pas à reproduire le vitalisme de la nature, mais à manifester les fruits de l’amour.
Prions le Seigneur, qu’il ravive en nous l’émerveillement devant Celui qui sera « élevé de terre » pour attirer à Lui tous les hommes. Qu’il renouvelle en nous la gratitude pour les flots d’eau et de sang qui coulent de son côté transpercé, et qui sont les sources de la vie. Qu’il fasse grandir en nous l’action de grâce pour la vie que Dieu a donnée à chacun d’entre nous pour que nous la transmettions à ceux qui nous suivront. Qu’il fortifie en nous l’espérance que l’amour reçu et donné est plus fort que la vie et que la mort, car l’amour seul ne passe pas.
Amen.