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Conférences

Les tables de la Loi de la vie

La biologie nous enseigne que les enfants sont unis à leurs parents par un lien matériel, la longue molécule d’ADN. Ce ruban, de près d’un mètre de long est réparti en morceaux (23 dans notre espèce) et chaque segment est minutieusement replié et lové pour former un bâtonnet minuscule, visible au microscope : un chromosome.

Sitôt que les 23 chromosomes paternels rencontrent les 23 chromosomes maternels, toute l’information génétique nécessaire et suffisante pour spécifier chacune des qualités innées du nouvel individu se trouve rassemblée. De même que l’introduction d’une minicassette dans un magnétophone en état de marche permet la reproduction de la symphonie enregistrée sur la bande, de même, l’information contenue dans les 46 chromosomes (les minicassettes de la vie) sera déchiffrée par la machinerie du cytoplasme de l’œuf fécondé (le magnétophone) et le nouvel être commence à s’exprimer sitôt qu’il est conçu.

 

La via dolorosa

Hélas, il arrive parfois que le programme génétique ne soit pas parfaitement équilibré. Que survienne une erreur dans la répartition des chromosomes au cours de la fabrication des cellules reproductrices ou lors de la mise en commun des deux lots chromosomiques (le début de la vie à deux est parfois difficile, même au niveau des cellules) et l’enfant recevra par exemple un chromosome 21 en trop. Il en possèdera trois exemplaires (au lieu de deux normalement), d’où le nom de trisomie 21.

Parfois, c’est un segment entier qui manque et nous connaissons aujourd’hui plus d’une cinquantaine de maladies (très rares heureusement), chacune d’elle caractérisée par un tableau clinique bien particulier correspondant précisément au segment en trop ou en moins.

On sait que les gènes, portés par les chromosomes contrôlent la production des enzymes, ces machines outils qui effectuent les réactions chimiques dans notre organisme.

Dans les rares cas où nous pouvons analyser l’effet d’un même segment chromosomique, selon qu’il est en trop ou en moins, on observe que les activités enzymatiques correspondantes sont accélérées lorsque trois gènes sont présents (trisomie) et ralenties lorsqu’il n’y en a qu’un seul (monosomie). De même les traits morphologiques sont accentués dans un sens par la trisomie et dans le sens contraire par la monosomie. Mais cette opposition en type et contretype n’est observée que pour des qualités élémentaires (forme du visage ou du corps ou encore réaction biochimique particulière). Sitôt qu’il s’agit de la qualité supérieure de l’être, la seule qui soit spécifiquement humaine, l’intelligence, alors l’excès et le défaut sont également délétères et dans les deux cas, une débilité mentale grave résulte du déséquilibre génique.

Sans entrer dans trop de détail, cet apparent paradoxe peut être éclairé par une comparaison.

 

La symphonie de l'intelligence

Le message de la vie est un peu comparable à une symphonie : tous les instrumentistes (les gènes) exécutent leur partition en suivant exactement le tempo général de l’orchestre.

Au cours d’un solo, un exécutant trop rapide (trisomie) peut transformer un andante en prestissimo (l’oreille sera trop petite, les doigts seront trop courts) ou au contraire, s’il est trop lent (monosomie) il peut changer un allegretto en largo (l’oreille sera trop sculptée et les doigts trop allongés) : dans les deux cas un seul trait sera modifié.

En revanche, il importe peu que le musicien accélère ou ralentisse au milieu d’un tutti où tout l’orchestre est concertant, le résultat sera toujours une cacophonie.

L’intelligence humaine étant la performance supérieure des systèmes vivants, elle requiert, plus que toute autre fonction, un concours harmonieux de tous les composants.

La détection du musicien discordant est particulièrement difficile quand tout un chromosome est en jeu comme dans la trisomie 21. En effet, ce petit élément contient sûrement plus d’une centaine de gènes, peut-être quelques milliers ! comment dès lors identifier le coupable et le ramener dans le droit chemin ?

Ce sera le but de la prochaine escalade et même si je ne suis pas sûr d’être un bon guide, permettez d’évoquer les voies qui s’offrent à nous.

 

La régulation chromosomique

Si nous savions réduire au silence un chromosome particulier, il suffirait d’inhiber le chromosome surnuméraire pour que tout rentre dans l’ordre. Un peu comme ferait un habile garagiste à qui l’on apporterait un moteur de quatre cylindres, muni par erreur de cinq bougies, et donc, ne tournant pas rond !. Il suffirait au réparateur de déconnecter la bougie excédentaire pour ramener le moteur à un rythme normal.

La nature sait faire cela, spécialement pour le chromosome X, celui qui détermine la féminité. Un seul chromosome X est fonctionnel, l’autre est mis en sommeil et dans les cas pathologiques où trois ou quatre X sont présents, tous les éléments excédentaires sont mis en sommeil aussi.

Nous ignorons totalement à ce jour, le mécanisme précis de cette régulation mais il est clair que si nous pouvions le découvrir et l’utiliser pour régler à volonté l’activité des chromosomes en trop (sans gêner l’activité des autres) nous redresserions le destin des enfants anormaux. Nul ne sait à ce jour si cette escalade pourra être menée à bien.

 

Le déchiffrage des gènes

Une voie d’abord plus longue peut-être mais sur laquelle nous sommes déjà engagés sera de déchiffrer un par un les gènes portés par le chromosome 21.

Les spécialistes de la biologie moléculaire s’y emploient activement.

Par exemple, on connaît déjà six gènes sur ce chromosome :

  • la SOD 1 qui joue un grand rôle dans le métabolisme de l’oxygène,
  • la phosphofructokinase qui règle la glycolyse
  • la protéine réactive à l’interféron qui joue un rôle dans les infections
  • la glycineamide phosphoribosyl synthase et l’aminoimidazole phosphoribosyl synthase qui permettent la fabrication des purines.
  • et très récemment la cystathionine – B –synthase qui règle le taux de l’homocystéine et de la cyatathionine.


Analyser dans le détail chacune de ces réactions, déceler leur effet éventuel sur les mécanismes de l’intelligence, envisager les moyens de pallier leur action, tout ceci demandera un temps et un travail énorme. Heureusement cette face de la montagne de l’ignorance est attaquée par de nombreuses cordées, ce qui accroît grandement les chances de réussites.

 

L'hypothèse des monocarbones

Une troisième voie d’abord, purement théorique en ce moment, consisterait à rechercher s’il existe, dans le métabolisme cérébral, un mécanisme particulièrement important, qui puisse être en quelque sorte la "cible" touchée par les diverses maladies de l’intelligence.

Le métabolisme des monocarbones pourrait être ce point sensible.

Pour construire les neurones, ces onze mille millions de cellules qui constituent notre cerveau, pour installer les gaines isolantes qui empêchent les court-circuits dans cette énorme usine électrochimique, et pour ciseler les clés de sécurité  qui  font  ouvrir  ou  fermer  les  contacts   entre   neurones notre cerveau utilise une quantité énorme de monocarbones. Ces morceaux de molécules qui ne contiennent qu’un seul atome de carbone (d’où leur nom) sont ainsi la plus petite pierre à bâtir de notre édifice cérébral et aussi la plus employée.

Dès lors, les troubles du ravitaillement en matière première (précurseurs des monocarbones) ou de leur transport (cycle du folate et de la vitamine B12) ou enfin, leur utilisation à point nommé (transmethylations) pourraient être d’une importance cruciale dans le fonctionnement du cerveau et, partant, dans la manifestation de l’intelligence.

Dans cette hypothèse, qui paraît en accord avec un grand nombre de maladies génétiques déjà connues, il suffirait de fournir le produit manquant pour pallier la difficulté.

Par exemple, si les trisomiques 21 brûlaient trop vite l’un des produits indispensables, ce gaspillage pourrait être compensé par un apport de métabolite utile. Il se pourrait que l’accélération de la cystathionine- B -syntase récemment démontrée par ALLARD et CHADEFAUD soit d’un intérêt tout particulier.

On sait en effet que le blocage de cette réaction entraîne une grave débilité mentale (homocystinurie) ; car les homocystinuriques sont grands, avec des doigts fins et allongés alors que les trisomiques 21, chez lesquels l’enzyme fonctionne trop, sont petits, avec des doigts trop courts.

On voit s’ébaucher ici une opposition en type et contretype qui laisse à penser que la cystathionine- B – synthase pourrait jouer un rôle de régulation extrêmement important. De fait, cette étape commande, indirectement, le transfert de monocarbones entre le cycle du folate et celui des transméthylases. Ainsi, l’excès de cet enzyme pourrait perturber également la fabrication des gaines isolantes (myéline) et la fourniture des médiateurs chimiques triméthylés (acetylcholine).

Mais il serait hors de propos, Monsieur le Président, de pousser plus avant cette exploration qui commence à peine.

La génétique humaine est à la croisée des chemins.

D’une part, il est possible de déceler très tôt des anomalies chromosomiques et d’éliminer les enfants anormaux pour épargner des souffrances à leurs familles et une charge à la société.

De l’autre, il paraît raisonnable d’envisager une thérapeutique, mais les moyens pour la mettre en œuvre restent à découvrir.

Comme dans la Divine Comédie, une route pavée de bonne intentions d’un côté, et une voie montante et raboteuse, de l’autre.

Toute l’histoire de la médecine est là pour guider notre choix, en nous indiquant le but à atteindre : tenter de rendre à l’enfant blessé dans son intelligence, cet éclat merveilleux qui est la marque de l’esprit.

Le Réseau pensant

L’homme est un réseau,
le plus puissant de la Nature,
car c’est un réseau pensant.


Devant l’extraordinaire développement de la génétique humaine, il est nécessaire que les généticiens s’interrogent sur l’usage du redoutable pouvoir que leur confère l’accroissement de nos connaissances.

Entre le passé qu’évoquait le Professeur MAYER et le futur que scrutera tout à l’heure Le Professeur Monod, le présent requiert en effet la mise en oeuvre des acquisitions de notre discipline.

Le bon usage de la génétique humaine doit dès lors se régler sur les données scientifiques dont nous disposons et que l’on peut classer en trois catégories :

  • la connaissance probable
  • la connaissance immédiate
  • et la connaissance efficace

(estimations à valeurs probables selon le facteur temps)

 

La connaissance probable

De beaucoup la plus ancienne puisqu’elle repose sur les lois élémentaires de la transmission de la vie, cette connaissance consiste à prévoir, les risques d’apparition d’une maladie chez un descendant d’un couple donné.

Si deux parents sont reconnus hétérozygotes pour un gène récessif défavorable, on sait immédiatement qu’un de leurs enfants sur quatre sera frappé de la maladie. De même la détection d’une translocation chez des parents permettra de prévoir le risque d’une monosomie ou d’une trisomie et la prise en considération d’autres éléments tels que le sexe du parent porteur du remaniement, l’âge de la mère, ou même les contingences physiologiques au moment de la fécondation permettront de préciser les risques. Dans des cas extrêmes, comme la détection d’une translocation 21-21 par la méthode Dutrillaux  on pourra même savoir que la probabilité d’anomalie s’élèvera à cent pour cent puisque les deux seules éventualités possibles seraient alors une trisomie 21 ou une monosomie incompatible avec le développement embryonnaire.

Dans tous les cas quelques soient la précision du pronostic, la connaissance n’est que probable puisque l’événement prévu, l’apparition d’un nouvel être humain, n’est pas encore réalisé.

L’usage de cette connaissance se résume alors en une décision prise par les parents devant un risque connu.

Une probabilité de cent pour cent sera généralement considérée comme une simple curiosité s’il s’agit d’une particularité génétique comme la couleur rousse des cheveux par exemple, on pourra alors puisque même relativement faible conduire les éventuels parents à renoncer à toute procréation s’il s’agit d’une maladie très grave.

Cet usage prudent d’une connaissance probable, essence même du conseil génétique a été pendant de nombreuses années la seule application de la génétique humaine.

 

La connaissance immédiate

Si l’on pouvait déchiffrer l’information génétique contenue dans l’œuf fécondé le destin génétique du nouvel être humain dont la formation est en cours serait exactement connu.

Cette connaissance immédiate est cependant inaccessible car, par une ancienne analogie avec le principe d’incertitude de la physique moderne, l’analyse d’une structure génétique élémentaire implique sa destruction ou tout au moins sa modification. L’analyse chromosomique par exemple ne peut se faire que sur une cellule préalablement traitée et fixée et l’analyse chimique, la plus simple possible, nécessiterait une quantité énorme de cellules.

Par contre une connaissance médicale peut être obtenue relativement tôt dans l’analyse des cellules qui ne participent pas directement à l’élaboration de l’enfant…Partir des cellules flottant dans le liquide amniotique prélevé par amniocentèse on peut déceler les anomalies constitutionnelles chromosomiques aux environs du quatrième mois de la vie in utéro.

De même quelques affections métaboliques précises peuvent être dépistées avec une très grande certitude et pour le diagnostic un nombre important d’autres affections, des progrès techniques prochains sont extrêmement probables.

Du point de vue génétique cette connaissance précoce ne diffère en rien de celle obtenue par un examen après la naissance ; et cela est si vrai qu’on infère avec la plus juste raison que si le caryotype décelé par amniocentèse révèle une trisomie 21, l’enfant à naître sera atteint de cette maladie, ou, plus exactement, en est déjà atteint.

Par contre l’usage que certains proposent de cette connaissance génétique est fort différent selon qu’elle est relativement tardive, à la naissance.

Si l’on exclut du domaine scientifique les crimes dont le professeur Meyer nous a rappelé la triste réalité historique, personne ne propose de tuer un nouveau né souffrant d’une maladie génétique. Par contre certains ne verraient et ne voient semble t-il aucune objection à éliminer le même être, porteur de la même constitution génétique, si celle-ci doit être décelée vers le 4ème mois de la vie ou un peu plus tard.

Seul un jugement de valeur sur le degré de dignité de l’être humain en cause peut motiver cette distinction selon l’âge et une opinion de ce genre ne relève évidemment pas du traitement scientifique.

Plus intéressante peut-être est la raison avancée de cette sélection distinctive, par exemple le crétinisme thyroïdien, le diabète juvénile, la phénylcetomine, ou la maladie de Wilson ne sont inscrites sur les listes bien que leur diagnostic in utero puisse être envisagée et que leurs conséquences soient redoutables.

Pourquoi ? parce que l’on sait les guérir.

C’est donc par insuffisance de la thérapeutique que la sélection destructive peut être discutée ; ce qui revient à proposer aux médecins d’éliminer les malades qui sont encore impuissants à guérir.

Cette constatation nous amène à l’usage du troisième type de connaissance, la connaissance efficace, celle qui permet de lutter contre la maladie et non plus contre les malades.

 

La connaissance efficace

C’est devant le malade que la génétique peut se révéler réellement humaine et se doit d’apporter au patient tous les secours de nos connaissances. Mais au lieu de faire un inventaire des succès de la médecine dans le traitement des affections génétiques, il serait juste de mesurer pleinement notre insupportable insuffisance qui est justement l’argument de la sélection destructive.

Certes les malformations congénitales et les maladies délabrantes sont des fardeaux terribles, mais en est-il de plus lourd que celui de la plus inhumaine des maladies, la plus fréquente hélas, celle qui frappe l’homme dans sa plus humaine qualité, celle qui opprime sa faculté la plus élevée, celle qui est le motif des plus terribles rejets, la débilité de l’intelligence ?

Aussi devant cette mutilation de l’esprit devons-nous discuter si la connaissance efficace est encore possible, et trancher finalement d’une éventuelle faillite de la science. Car il faut bien reconnaître que devant la débilité mentale, mise à part quelques succès éclatants la médecine est généralement impuissante, et il est nécessaire d’avouer, quelque cruel et pénible qu’un tel aveu puisse être, que les biologistes paraissent assez peu se soucier de ceux qui par naissance ne sont pas comme les autres, et n’arriveront même parfois peut être jamais à comprendre la nature de leur affection.

Et pour finir, je crois que le bon usage de la génétique humaine se résume en une simple phrase.

Aussi loin d’utiliser une connaissance précoce pour exécuter des jugements prématurés que les progrès scientifiques condamneraient demain, loin de fonder une sélection destructive sur une ignorance heureusement transitoire, le bon usage de la Génétique humaine, devant l’immensité de la tâche et la formidable nécessité de réussir, se résume en une certitude :

« nous n’abandonnerons jamais »

Génétique, ethique et manipulations

Conférence donnée à Rome (1985), Cordoue, Madrid, Argentine(1986)
Jérôme Lejeune

En marge des développements de la technologie, on observe actuellement une curieuse évolution du sens que l'on donne aux mots. Quel novateur assez hardi s'aviserait de parler de morale de la reproduction ? On dit de nos jours « éthique ». Et bien que des deux termes, l'un latin, l'autre grec, aient même valeur sémantique, ils ne recouvrent plus la même marchandise.

Celui qui parle de morale entend que les mœurs devraient se conformer à des lois supérieures, alors que celui qui parle d'éthique sous-entend que les lois devraient se conformer aux mœurs.

Quand aux moyens de perpétuer notre espèce, c’est-à-dire de faire des enfants, les éthiciens du changement soutiennent que notre jugement dépend de l’état des techniques. Qu'une méthode nouvelle apparaisse et le comportement éthique doit, d'après eux, se modifier en conséquence.

Sans entrer dans ce débat qui n'a rien de scientifique, permettez-moi de discuter avec vous de l’état de nos connaissances sur la transmission de la vie.

 

Les lois de la vie

La vie a une très longue histoire, mais chaque individu a un début bien précis : le moment de la fécondation.

Toute la biologie nous enseigne que les enfants sont unis à leurs parents par un lien matériel puisque c'est de l'union de la cellule féminine (l'ovule) avec la cellule masculine (le spermatozoïde) qu'émerge un nouveau membre de l'espèce.

Ce lien matériel est la longue molécule d'ADN. Ce ruban, de près d'un mètre de long, est réparti en morceaux (23 chez l'homme) et chaque segment est minutieusement replié et lové pour former un bâtonnet, bien visible au microscope, un chromosome.

Sitôt que les 23 chromosomes paternels rencontrent les 23 chromosomes maternels, toute l'information génétique nécessaire et suffisante pour spécifier chacune des qualités innées du nouvel individu se trouve rassemblée. De même que l'introduction d'une mini-cassette dans un magnétophone en état de marche permet la reproduction de la symphonie enregistrée, de même l'information contenue dans les 46 chromosomes (les minicassettes de la musique de la vie) sera déchiffrée par la machinerie du cytoplasme de l'œuf fécondé (le magnétophone) et le nouvel être commence à s'exprimer sitôt qu’il est conçu.

Que l'enfant doive se développer neuf mois dans le sein de sa mère ne change en rien ces faits. La fécondation extra-corporelle démontre que l'être humain débute à la fécondation. Cette affirmation n'est ni une hypothèse de théoricien, ni une opinion de théologien, mais une constatation expérimentale.

 

Technologie de la fécondation

Dans les conditions naturelles, l'ovule mûr est éjecté de l'ovaire par la rupture du follicule qui le contenait. La trompe (qui relie l'ovaire à l'utérus) le recueille alors. A l'intérieur de ce tube de chair l'ovule migre vers l'utérus et rencontre en chemin le spermatozoïde qui, parmi des millions d'autres, le fécondera.

A la fin du voyage, six à sept jours après la fécondation, l'œuf fécondé qui se divise fébrilement, et déjà s'organise en un minuscule embryon d'un millimètre et demi de diamètre, s'installe dans la muqueuse utérine (nidation). Là, il s'implante fermement par ses villosités choriales et continue sa croissance jusqu'à l'accouchement.

C'est parce que la fécondation normale se produit dans un tube contenant un liquide dans lequel l'ovule et les spermatozoïdes flottent librement que la fécondation extra-corporelle est possible. Certes la fécondation in vitro utilise un tube de verre au lieu d'un tube de chair mais le processus est par ailleurs identique.

Au début, la fécondation artificielle, hors de l'organisme maternel, a été proposée pour contourner un obstacle. Il arrive parfois que les trompes soient bouchées, le plus souvent à la suite d'une infection locale ; les maladies vénériennes jouent un grand rôle dans ce type de stérilité féminine. Cette obstruction empêche le spermatozoïde de rejoindre l'ovule et ce dernier ne peut atteindre l'utérus. Pour contourner cette difficulté l'ovule mûr est prélevé par le paros copie et aspiré délicatement dans un fin tube de plastique. Il est ensuite placé dans une fiole contenant un milieu approprié et maintenue à 37 degrés. L'addition de spermatozoïdes provoque la fertilisation.

Après trois jours de développement dans sa fiole, l'embryon est aspiré à nouveau dans un fin tube de plastique qu'on insère délicatement dans le col de l'utérus de sa mère. Ainsi déposé dans la cavité utérine, il y poursuit son développement de la même façon que s'il y était parvenu par le chemin normal.

Tout ceci explique pourquoi le Dr. EDWARDS et le Dr. STEPTOE purent observer in vitro le tout début de l'incroyablement jeune Louise BROWN qu'ils replacèrent quelques jours plus tard dans le sein de sa mère. Grâce à la connaissance des lois fondamentales de la vie, ils s'étaient entièrement assurés que cet embryon minuscule n'était ni une tumeur, ni un animal, mais bien un être humain de la plus extrême jeunesse.

Avec plus de mille cas de fécondation extracorporelle déjà enregistrés dans le monde, une double évidence s'impose. L'embryon humain se développe entièrement par lui-même, par sa vertu propre, et il est doué d'une incroyable vitalité.

 

La viabilité hors de l'utérus

Cette extraordinaire vitalité qui permet à l'embryon humain de se développer même en dehors de son abri naturel n'est pas une surprise mais une confirmation des principes de la biologie.

Dans les conditions naturelles, l'embryon flottant dans le liquide de la trompe poursuit son développement et met en place sa propre organisation pendant une semaine. Au delà de ce terme l'implantation devient une nécessité mais sa viabilité est si remarquable que la muqueuse utérine n'est pas absolument indispensable.

L'implantation dans la trompe, au lieu de l'utérus, permet une croissance tout à fait normale pendant un à deux mois. Au cours de ces grossesses tubaires, extra utérines, le fœtus à peine grand comme le pouce est tout à fait normal ; il nage dans sa bulle amniotique où, plus exactement paraît jouer au trampoline ! Le danger redoutable est que sa croissance risque de rompre les parois de la trompe qui ne peut pas se distendre comme le ferait un utérus. D'où la nécessité d'une intervention chirurgicale qui sauve la mère, sans pouvoir sauver l'enfant, car nous ne possédons pas encore de moyens artificiels capables de subvenir aux besoins d'un être si jeune.

On connaît même des cas extrêmement rares dans lesquels l'œuf fécondé échappe à la trompe, tombe dans la cavité abdominale et s'implante sur le péritoine. Ces grossesses abdominales sont parfois méconnues lorsque par une chance très rare, elles ne se compliquent pas d'hémorragies ou de compressions. Plusieurs enfants normalement constitués naissent ainsi chaque année, après laparotomie libératrice.

Protégé par sa capsule de survie, la zone pellucide d'abord, puis le sac amniotique dont il s'entoure, l'être humain précoce est exactement aussi viable et autonome qu'un astronaute dans son scaphandre spatial. Un ravitaillement en fluides vitaux fournis par le vaisseau-mère reste indispensable.

Aucun distributeur artificiel de fluides n'a encore été inventé. Mais s'il devenait possible de fournir ces fluides, un développement complet en dehors de l'utérus s'ensuivrait. Cette "ectogénèse" serait l'ultime preuve que l'enfant s'appartient. Si la fiole prétendait : "ce bébé est ma propriété" ; personne ne croirait la bouteille !

 

L'arrêt du temps

Une réfrigération progressive des cellules vivantes, respectant leur précieux édifice moléculaire, est largement utilisée pour une préservation très longue. A très basse température (-196 degrés dans l'azote liquide) la vibration des atomes est extrêmement faible. Pour ainsi dire, le temps se trouve suspendu.

Les spermes ainsi congelés au froid intense, peuvent se conserver pendant des années. Après réchauffement prudent, les spermatozoïdes retrouvent toutes leurs capacités de navigateurs intrépides. Les banques de sperme sont d'usage courant en art vétérinaire.

Outre la possibilité d'obtenir ainsi une très nombreuse descendance d'un sujet sélectionné, et de féconder les femelles à distance, cette réfrigération permet de juger des qualités d'un reproducteur d'après la première descendance obtenue, avant d'entreprendre un usage plus massif……, éventuellement bien après la mort du donneur.

La congélation des spermatozoïdes humains ne soulève pas de difficultés techniques particulières et l'on connaît la triste réclamation d'une femme demandant à être inséminée avec le sperme conservé de son défunt mari. Une telle fécondation posthume soulève de graves questions car la fabrication délibérée d'orphelins artificiels paraît peu respectueuse de l'intérêt de l'enfant.

L'insémination à distance permet aussi de remédier à la séparation des époux. Durant la guerre de Corée plusieurs milliers d'enfants furent ainsi conçus à distances par des G.I.s procurant ainsi à leurs épouses une descendance légitime (sauf erreur de flaconnage).

On parle actuellement beaucoup de "mères porteuses", inséminées artificiellement par le sperme d'un homme dont l'époux est stérile. Neuf mois plus tard, et contre rétribution monétaire, la mère biologique est censée remettre au couple l'enfant qu'elle a conçu. Curieuse pudibonderie qui conduit à produire, par seringue interposée, des enfants adultérins que la mère biologique échange ensuite pour de l'argent ! Ainsi camoufle-t-on sous le terme "mère porteuse" une véritable vente d'enfant.

Quand à la réclame faite autour des banques de sperme qui fourniraient une semence sélectionnée provenant d'anciens Prix Nobel, il est préférable de n'en point parler !

Curieusement, l'ovule est extrêmement fragile et ne supporte pas, semble-t-il la congélation. D’où l'absence actuelle de toute banque d’ovules.

En revanche, dès la fécondation, l'être nouveau acquiert une viabilité remarquable et la congélation d'embryons est aisée chez l'animal. Même chez l'homme la technique est au point et deux enfants normaux sont nés ainsi après une période de temps suspendu. Cette différence de résistance entre l'ovule d'une part, et l'oeuf fécondé de l'autre, est une indication supplémentaire de l'extraordinaire changement d'état déterminé par la fécondation.

 

Jumeaux à volonté

Si l'on ouvre la membrane pellucide et qu'on sépare en deux l'embryon de quelques jours, il devient possible de reloger chacune des masses cellulaires dans une zone pellucide individuelle, (prélevées aux dépens d'autres embryons).

Dès lors, chacune des masses cellulaires réordonne sa croissance et chez les ovins et chez les bovins des jumeaux identiques ont été produits de cette façon.

Il ne semble pas, à ce jour, que cette technique ait été utilisée chez l'homme mais certains prônent son application.
Leur but n'est pas une multiplication végétative, un clonage, mais un protocole de contrôle de la constitution des jumeaux. Le scénario est ainsi prévu : L'un des jumeaux est congelé en attendant d'être implanté plus tard. L’autre jumeau est mis en incubation pour quelque temps, afin que sa garniture chromosomique, la qualité de son développement, et les particularités de ses réactions biochimiques puissent être analysées. Si le jumeau ainsi sacrifié satisfait aux contrôles de normalité, le jumeau épargné sera implante lors d'un cycle ultérieur. En revanche, si le jumeau sacrifié est déclaré anormal, le jumeau en sommeil ne sera pas épargné plus longtemps. D'après ses promoteurs ce protocole devrait assurer la mise au monde d'enfants normaux, même par une mère ayant un risque génétique important. Un simple calcul (1) montre qu'un tel protocole n'a que quelques chances sur cent d'aboutir, entraînant l'élimination de 20 à 40 embryons pour une naissance !

 

Utérus à louer

L'embryon précoce, maintenu en état de vie suspendue par la réfrigération, peut être conservé jusqu’à ce qu’un cycle utérin favorable se présente. Il n'est pas nécessaire d’ailIeurs que l’utérus receveur soit celui de la femme qui a donné l'ovule. Deux enfants sont déjà nés, qui avaient été retirés de la trompe de leur mère biologique et replacés dans l'utérus d'une nourrice utérine.

De nombreuses variantes sont proposées.

Par exemple une veuve pourrait réveiller à titre posthume un enfant "endormi" qu'elle aurait conçu de feu son partenaire. On sait que récemment un tragique retournement s'est produit. Des parents ayant confié leurs embryons au froid ont trouvé la mort dans un accident d'avion ; laissant ainsi deux orphelins à venir.

Autre éventualité ; une femme dont les ovaires sont inactifs mais l'utérus en bon état, pourrait accueillir l'enfant d'un autre (les deux cas signalés ci-dessus sont de ce type).

Inversement une femme dont la santé ne pourrait supporter une grossesse ou dont l'utérus serait non fonctionnel, pourrait confier son enfant à une nourrice utérine. De même une carriériste pourrait éviter de cette façon les incommodités de la grossesse.

La gestation par procuration appelle de graves réserves. Cette pratique romprait le dernier lien assuré entre les générations. Jusqu'à ce jour, en dépit des hasards de la passion, une certitude persiste : l'enfant dont une femme accouche est le sien. En cas de prêt d'utérus, la nourrice utérine porterait neuf mois, puis mettrait au monde un enfant qui ne serait pas le sien.

Sans aucun doute cette technique est efficace chez les bovins. De petits embryons charolais, expédiés congelés en Amérique et implantés dans l’utérus de vaches américaines, deviennent d'excellentes charolaises, sans recevoir aucun caractère de leur incubatrice. Mais ce qui est assez bon pour des vaches et des veaux pourrait bien ne pas être acceptable pour les enfants et pour leurs mères.

 

L'embryon manipulé

La vitalité de l'embryon précoce lui permet de supporter bien des avatars.

On peut, par exemple (chez la souris pour l'instant) réunir des cellules provenant de deux embryons différents. Remiser dans une seule zone pellucide, les deux masses cellulaires coopèrent pour construire ensemble un animal composite, "une chimère". Au mieux de notre connaissance on a pu mélanger ainsi deux lignées cellulaires et même trois, mais pas plus de trois.

Or, durant les premiers clivages de l'œuf féconde, on observe que la première division donne bien deux cellules, mais que la seconde division ne porte que sur l'une des cellules filles, d'où un stade transitoire mais très remarquable de trois cellules au tout début de leur existence. Il n'est pas exclu, bien que cette notion reste hypothétique, que ce stade ternaire ait quelque chose à faire avec le processus d'individuation.

Normalement la zone pellucide interdit ces mélanges. En un sens ce sac de plastique préserve notre vie privée précoce. Il semble tout à fait possible que dans les conditions normales "l'éclosion" de l'être humain hors de sa membrane pellucide ne survienne qu'au moment où son individualité biologique est si fortement établie que ces accidents chimériques ne soient plus à redouter.

Même si les possibilités de mélange se trouvent limitées aux tous premiers stades de la vie et à deux ou trois lignées cellulaires, certains se demandent s'il ne serait pas intéressant de mélanger un "embryon d'artiste" avec un "embryon athlétique" et un « scientifique » (à supposer que telles qualités soient définissables). Ne créerait-on pas ainsi une sorte de surhomme ? …… Et si la manipulation du DNA entre en scène, ne pourrait-on, par l'insertion de séquences spéciales, introduire dans l'embryon des dons exceptionnels conduisant à des individus supérieurs ?

De telles fictions ne sont pas du ressort de la connaissance scientifique ; ces contes pour grands enfants ne méritent guère une ample discussion : Pour concevoir des hommes plus sages que nous ne sommes, il nous faudrait être déjà plus sages que ces hommes là !

Une autre proposition consiste à utiliser des embryons comme matériel expérimental. Il se trouve en effet que, pour augmenter le rendement de l'intervention, les spécialistes stimulent l'ovaire de la donneuse avec diverses préparations hormonales. Ils obtiennent ainsi 4 à 7 ovules (ou même plus) lors d'un seul cycle ovarien. Si ces ovules sont tous fécondés in vitro, ils ne peuvent être tous implantés dans un seul utérus car les risques d'une grossesse quadruple ou sextuple sont extrêmement élevés. La plupart des spécialistes estiment qu'on ne doit pas réimplanter plus de trois embryons à la fois.

Les statistiques montrent que la probabilité d'une grossesse est approximativement de 20 % lorsqu'un seul embryon est implanté ; de 30 % si deux embryons sont utilisés et de 40 % si trois insérés ensemble dans le même utérus.

Certains spécialistes se refusent à fertiliser plus de trois ovules afin de les implanter tous. D'autres en fécondent plus de trois, et obtiennent ainsi des embryons "en surplus" qu'ils proposent d'utiliser comme matériel expérimental.

Ils pensent accroître par là nos connaissances sur l'embryologie. A ce sujet il est nécessaire de remarquer qu'aucun protocole, proposé à ce jour, ne permet d'affirmer que la même connaissance ne pourrait pas être obtenue en expérimentant sur un embryon de primate (chimpanzé par exemple).

Mais un argument économique, dont on fait rarement état est terriblement important ici. Un embryon de chimpanzé coûte fort cher alors que la vie humaine n'a pas de prix !

Une autre école tient que la mise en culture d'embryons permettrait de confectionner des « pièces détachées » qui serviraient plus tard à traiter des enfants ou des adultes. Tout particulièrement l'isolement de lignées souches, pour des greffes de moelle osseuse ou de tissus divers, est mis en avant. Bien que des greffes puissent être fort utiles (et soient déjà utilisées à partir de donneurs adultes, volontaires), leur prélèvement n'est possible que sur des fœtus déjà fort développés, c'est à dire ayant déjà plusieurs semaines de vie intra-utérine !

 

Un sexe de choix

Ainsi que Brungs l'a dit fort justement : avec la contraception toxique généralisée puis avec la fécondation extracorporelle nous sommes allés "from sex without babies, to babies without sex" mais le sexe de l'enfant conserve son intérêt.

Le choix du roi est : un garçon, puis une fille. De même le choix du bourgeois ou même de la féministe est : d'abord un garçon.

Si le choix était laissé libre, un formidable excès de mâles en résulterait !

Certes ce danger ne nous menace pas immédiatement car toutes les "méthodes" sont jusqu'ici inopérantes. Mais si une technique était trouvée, la société ne pourrait se désintéresser d'une telle catastrophe. Un peuple qui perd ses femmes ne peut se maintenir. Ce sont les mères qui retransmettent, d'abord, la civilisation.

Dès lors, pour ne pas interférer avec le libre choix, et pour ne favoriser personnes, les énormes ordinateurs de la démographie planifiée devraient comme l'a remarqué Jean de GROUCHY, utiliser de loin des calculs aboutissant à "l’optimisation du problème ».

L'algorithme se résume finalement d'une façon très simple : tirer à pile ou face……comme auparavant !

Tant il est vrai que si l'homme s'arroge un pouvoir qui dépasse sa sagesse, il lui faut inventer une règle qui limite ses imprudences.

 

Le meilleur des mondes et la tentation de Faust

Reste une dernière question ? Pourquoi la fécondation extracorporelle est-elle si fascinante ? Bien que le « meilleur des mondes" d'Aldous Huxley soit bien souvent cité, ce n’est probablement pas la production industrielle de jumeaux identiques spécialement programmés qui soit le point le plus important.

Aldous Huxley a vu plus profond.

Dans cette société purement technologique, totalement désacralisée, et libérée de tous les tabous, tous les gros mots et tous les actes obscènes étaient d'usage courant et même enseignés aux enfants. Pourtant les éditeurs furent obligés de réimprimer toute la littérature pour l'expurger d'une incongruité, qui ne pouvait être ni prononcée, ni même imprimée : ce mot remplacé dès lors par trois points de suspension était le mot "mère".

Que la maternité devienne l'obscénité absolue, voilà la menace ; Aldous Huxley nous en avertit.

Mais il y a cent cinquante ans, un autre auteur, peut-être le plus puissant de poètes avait vu encore plus loin. Dans le premier Faust, Goethe conte l'abandon de la bien aimée, séduite et abandonnée avec son enfant qu'elle tue. La damnation du Docteur Faust est la tragédie de l'amour avorté.

Mais dans le second Faust, celui qu'on lit rarement, Goethe embrasse les temps à venir.

Après la mort de Marguerite, Faust, lié par son pacte, revient dans son vieux laboratoire avec son diabolique compagnon. Il voit le Docteur Vagner, son successeur, produisant un homuncule dans une fiole alchimique. La fiole tinte et vibre, la petite créature s'échappe et salue Méphisto en l'appelant son cousin ! L'homuncule flotte alors dans les airs autour du front de Faust qui guidé par l'étrange bébé imaginaire tente une impossible passion avec le fantôme d’Hélène de Troie.

A la fin de l'immense drame, la magie de Méphistophélès a fait surgir une société moderne exclusivement technique et rationalisée. Faust donne ses deux derniers ordres : que se taise cette petite cloche de la vieille chapelle, la seule qui sonne encore dans ce puissant empire et qu'on enlève cette cabane, où vivent encore Philémon et Baucis, pour faire place au majestueux canal par lequel afflue la richesse.

Quand Méphisto revient après avoir brûlé les vieux amoureux dans leur cabane, quand le silence s'appesantit, quand les derniers vestiges de l'amour humain et de l'amour divin sont à la fois détruits, alors, inexorable et mortel, le souci envahit le cœur du Docteur Faust.

Les grands auteurs ne font pas la science ; ils en pressentent les effets. Fabriquer artificiellement des hommes, les modeler à notre guise, n’est-ce pas la tentation de l'orgueil absolu. Pouvoir enfin proclamer que l'homme est fait à notre image et non à celle de DIEU.

Les discussions les plus adroites n'y pourront rien changer. Les Comités d'éthique éructeront solennellement leurs oracles contradictoires sans exorciser le souci : la technologie est cumulative, la sagesse ne l'est pas.

Pour guider les médecins, il ne reste que la morale. Elle est fort claire en vérité et se résume simplement dans l'argument qui juge tout « ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est a moi que vous l’avez fait ».

La Foi dans la Science

Préambule - Avant toute déclaration liminaire, parlant sur la demande de Michel Shanks de la Religion et de la Science, ni père de l'Eglise ni prince de la Science, bien plutôt je parlerai de l'Eglise comme un fils et de la Science comme l'un de ses serviteurs. Aussi nulle prétention de tout connaître et d'enseigner ex cathedra une vérité nouvelle qui mettrait fin à toute querelle.

Aussi bien je renie d'avance toute proposition qui rencontrerait la désapprobation de théologiens, et toute hypothèse que des observateurs plus sagaces trouveraient en contradiction avec les faits.

Quant aux théoriciens de tout poil qu'ils prêchent la mort de Dieu ou l'éternité de l'incohérence, que la providence leur soit en aide, je ne leur céderai un pouce qu'ils ne l'aient conquis de vive force ; et vive Dieu, ils ne l'auront pas tellement à l'aide si seulement à me souvenir de ce que je voulais vous dire.

 

La Foi dans la Science

Titre ambigu
1/ Avons-nous foi dans la Science et pourquoi ?
2/ La Foi diffère-t-elle de la Science ?
3/ La Science fait-elle obstacle à la Foi ?
4/ Peut on à la fois avoir la Foi dans la Science et la Foi dans la Foi?

 

1/ La Foi dans la Science

Pourquoi croyons-nous dans la science. Comme disait Mauriac à propos de Monod : ce professeur enseigne des choses encore bien plus incroyables que celles en qui l'humble fidèle ose mettre sa confiance.

a) La réussite technique - Par exemple construire des frigidaires ou des machines à laver des automobiles pour rouler sur la terre ou sur la lune - Puisque ça marche la théorie est vraie - vraie ce n'est pas si simple.

Les choses sur lesquelles raisonnent les physiciens les plus scrupuleux et les chimistes les plus méthodiques ne sont pas si simples. Par exemple les "électrons" petites billes d'électricité négative, tournent sur elles mêmes selon un mouvement appelé spin. Très bien - Mais suivant une trajectoire ondulatoire qui les amène à un statut moins précis. Mais vu de plus près – les (mots manquants). L'interférence d'un seul photon avec lui même. D'où un mètre de diamètre ce qui est un peu fort de café - Mais la Science le dit, donc il faut y croire. Soit je dirais même qu'il faut y croire un tant soit peu - Il faut se dépêcher de le faire pendant que c'est encore vrai. Il n'y a pas 20 ans on collait à l'examen les étudiants qui répondaient que l'homme avait 46 chromosomes au lieu du nombre scientifiquement établi de 48. Maintenant c'est le contraire. La bonne réponse est devenue 46 et tenez vous le pour dit.

Autrement dit nous jugeons de la science d'après l'efficacité de ses prédictions et la force de son pouvoir, mais aucun savant n'y croit au sens de s'engager à conserver une croyance fidèle aux dogmes qui lui furent enseignés dans sa jeunesse - Bien au contraire.

b) L 'hypothèse d'une vérité supérieure

    Pourquoi, parce que tous les savants préfèrent une connaissance dont ils ne font que rarement étalage, à savoir que les lois de la physique, de la biologie ou tout autre spécialité de même type ne sont que des codifications extrêmement simplifiées d'une réalité bien solide et vraie qui suit de véritables lois, c'est à dire obéit à un réseau de causes parfois très nombreuses dont l'intrication crée une nécessité.

c) La notion de hasard

Quand l'analyse ou le dénombrement des causes est compliqué on parle de hasard. On étudie alors simplement la probabilité d'apparition d'un évènement. Par exemple, quand un ministre des postes et télécommunications compétent (supposons un instant, c'est une hypothèse d'école et non une constatation historique) prévoit l'évolution des communications téléphoniques, il peut estimer qu'il s'enverra bien plus de cartes, lettres à l'époque du nouvel an, que dans la 2ème quinzaine de février par exemple.

Bien sûr il ne saura jamais pourquoi un tel désire écrire à un tel, ni même si finalement un tel se décidera à envoyer cette lettre non encore terminée. Tout ceci dans l'esprit du ministre remonte au hasard. Mais il sait qu'au total le volume du courrier augmentera.

D'où une loi probabilité chaque fois vérifiée. D'où une efficacité possible, si l'on tire les conséquences pratiques de ces déductions. Cela prouve-t-il que les gens écrivent par hasard ? C'est peu convaincant cela peut il démontrer qu'ils écrivent par nécessité, cela n'est pas d'évidence.

La querelle entre le hasard, ensemble des causes que nous ne pouvons démontrer, et la nécessité, ensemble de celles que nous connaissons a donné lieu à un mariage de déraison, annoncé par Democrite il y a quelques 2000 ans et célébré comme la dernière nouveauté il y a quelques années.

« Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité »
Un aimable auditeur m'a demandé un jour si j'avais rencontré ces deux procréateurs le hasard et la nécessité à l'origine de l'homme. Oui et non, car il serait temps de nous débarrasser de ce vieux paralogisme qui est à l'analyse qu'un truisme ayant l'air d'une pensée.

Si le hasard est bien l'ensemble des effets résultant de causes non démontrables (Paul écrit à Jacques pour lui souhaiter la bonne année) et la nécessité les effets dont les causes nous sont connues, alors ce joyau de l'analyse moderne se résume à l'assertion, un peu terne je le reconnais mais fidèle expression de la réalité.

Tout dans l'univers est le fruit de causes que je connais (nécessité) et d'autres dont j'ignore même si elles existent (hasard). Et à cette assertion chacun peut aisément souscrire. Mais elle a perdu toute pugnacité. Pourquoi parce qu'elle ne sous entend plus que le hasard est une chose en soit (ce qu'il ne peut évidemment pas être) mais simplement une expression elliptique de l'état actuel de l’ignorance.

Cas des ellipses qui autrefois survenaient par hasard et qui se prévoient maintenant par nécessité.

Autre exemple, en science s'il n'y a aucun moyen de prévoir un phénomène on dit qu'il est au hasard. Par exemple connaissant 99 des acides aminés d'une protéine, on ne peut prévoir par un modèle mathématique quel est le 100 que l’on ne reconnaît pas encore. Monsieur Monod dit alors que les acides aminés d'une protéine sont enchaînés au hasard. Mais cet emploi du mot hasard est un désordre de l'esprit très profond. Prenons un exemple de nombre. Le rapport de la longueur du cercle à son diamètre. Connaissant les 10 premières décimales personne ne peut prévoir la suivante ; il faut la calculer. Or quel mathématicien croirait que le nombre exact est réellement formé de chiffres choisis au hasard !!

Et dans la vie courante, celle dont parlait Democrite. Comment admettre ce dilemme. Pour le livre de Monsieur Monod, il serait outrageant et manifestement faux de prétendre qu'il l'a écrit par hasard. Mais serait ce plus aimable de prétendre qu"il l'a fait par simple nécessité ?

Alors, peut être parmi les lois que je ne connais pas et je dénomme hasard, y a-t-il un corps de doctrine, dont la connaissance pourrait nous être fort utile et qui loin d'être simplement l'une des composantes du hasard pourrait même être la source de toute nécessité.

La notion de religion

Contrairement à toute une exégèse pour dîner en ville, la religion n'est pas réductible à une croyance, au sens où l'entendent ceux qui parlent de leur Foi, qui ont mal à leur Foi, qui la perdent en rangeant leurs affaires et en discutent comme d'un organe par une faute d'orthographe inavouée. La religion est un corps de doctrine qui relie comme son nom l'indique, ce que nous connaissons (à peu près la nécessité) à ce qui dépasse notre connaissance et peut s'exprimer diversement par hasard, ou providence, manque de bol ou coup de pot, pas de chance ou grâce, disgrâce ou bénédiction, sans que nécessairement les deux termes soient dans chaque cas particulier entièrement et mutuellement exclusifs.

De même que dans le discours scientifique le plus strict nous admettons bien qu'un grain de lumière soit minuscule, infiniment petit et localisé dans l'espace et que dans certaines conditions il puisse être comparable à un gros ballon de plage - tout simplement selon les effets que nous observons.

 

Nous voici maintenant au cœur du problème :

La foi cette croyance fidèle en notre religion diffère-t-elle de la foi dans la Science dont nous venons de parler

Oui totalement. Non par la nature du sentiment qui nous y porte qui est dans les deux cas de nous incliner devant ce qui nous semble vrai, mais par l'objet de notre adhésion.

La foi ne change pas puisque reliant tout ensemble en une doctrine cohérente elle reste indéfiniment vraie. Par exemple on croit en Dieu ou l'on n'y croit pas. Mais la foi est toujours la même, on croit en Dieu si l'on a la foi et rien n'y peut faire.

La confiance que nous accordons à la science est fort différente car elle est toujours sous bénéfice d'inventaire. Que quelque théorie ingénieuse nous démontre qu'il doit exister un nouveau nombre entier entre 6 et 7, sous peine de détruire toute la cohérence du système de numération et, le nombre entier de 6bis sera accueilli à bras ouvert par tous les scientifiques, après tout les postiers l'ont bien accepté depuis longtemps et cela n'a pas modifié l'emplacement des maisons. Donc ça marche.

Pour plus de précisions, et au risque de faire une très grande peine à tous mes amis physiciens, permettez- moi, de vous faire une confidence : le bruit court en ce moment que les électrons n'existent pas mais ne sont qu'une façon anormale de dénommer un phénomène extrêmement complexe qui ne correspond en rien à cette petite boule d'électricité négative tournant sur elle-même. Que seulement cette rumeur devienne doctrine autorisant des prévisions plus exactes et psitt voila nos électrons rejoignant les épicycles de Ptolémée au musée des vieilles lunes.

Par sa nature même la doctrine scientifique ne peut en aucun cas susciter la foi persistante mais seulement une acceptation temporaire en attendant plus satisfaisant,

Au total, tout en la sachant fausse, nous croyons à la science moderne faute de mieux.

Au rebours nous adhérons à une religion et tout spécialement à la révélation chrétienne. C'est à dire parce qu'elle nous révèle ce que nous ne pouvons découvrir sans entrer en contradiction avec ce que nous connaissons.

La non incohérence

Le cheval de Troie de l'incrédulité consiste à faire une brèche dans la Religion pour y introduire un fragment de science et déclarer ensuite qu'elle fait mauvais effet dans le tableau. Et selon le principe implicite, qu'aucun scientifique n'admettrait jamais selon lequel une théorie communément admise vaut mieux qu'une donnée qui la contredit. Si ce fragment de science fait mal dans le tableau, c'est le tableau qui a tort d'où la mine attendue de la religion.

Cette manœuvre classique, aussi vieille que le monde demande à être prise sur le fait pour que son caractère dolorif soit pleinement élucidé.

Il serait, fastidieux de rechercher une par une les distorsions ainsi soulevées. Mais comme certaines ne sont qu'objets de conversations ordinaires, j'ai tenté de signaler quelques uns de ces lieux communs véritables anti-credo de douairières émancipées ou de théologiens sur le retour.

Dieu est mort - Déclaration très courante, d'un assez bon standing actuellement posant celui qui l'éructe comme un connaisseur du passé, sachant discerner la douceur d'un parfum désuet sans avoir peu du fort remugle de la terrible réalité. Bon je vous l'accorde, Dieu est mort : mais, alors, s'il vous plait, auriez-vous reconnu le cadavre ? Si non, le compte n'y est guère et vous m'apporterez demain s'il vous plait des nouvelles de sa santé.

2/ Dieu n'existe pas   Déclaration plus logique dans son ensemble, puisque la mort évoquée ci-dessus présupposait une existence que ce nouveau rempailleur d'idées reçues récuse du premier chef. Bon Dieu n'existe pas dites-vous, fort bien, voila qui est clair et net, mais comment arriverez-vous à l'empêcher d'exister ? Car, sans passion et sans en. (mot manquant).avant l'heure. Ou bien Dieu existe et vous n'y pouvez rien, ou bien Dieu n'existe pas et vous n'y pouvez rien non plus. Le mieux serait d'aller y voir. Mais par sa Nature même, Dieu n'est pas directement visible. Que ferons-nous donc ? Disputer d'une existence que nous ne pourrons détruire si elle nous gênait ou fabriquer si elle nous manquait ? Pourquoi n'être pas scientifique pragmatique, pratique, positif, objectif, et tout et dire plus simplement. Voyons si l'hypothèse Dieu est en contradiction avec la Science. Voyons aussi si l'hypothèse pas de Dieu est de son côté en contradiction avec la Science.

Nous disputerons ensuite de nos préférences personnelles s'il nous reste du temps. Au vrai nous aurons toute l’éternité pour cela je vous l'assure mais vous n'êtes pas obligé pour l'instant de me faire confiance sur ce point.


Les origines de l'Univers

Voyons d'abord si l'existence de Dieu me gêne.

Au commencement Dieu fit le ciel et la terre et ainsi de suite. Il s'ensuit que toute ma science est de tenter de découvrir par ci par là comment Dieu s'y prend. En quoi cela me gène-t-il ?

Voyons si son existence m'incommode.

Au commencement......mais qu'y avait-il avant ?

De deux choses l'une ou bien il n'y avait rien, et même le hasard n'existait pas ? D’où donc tout est sorti   Première gène – Ou bien l'univers et ses lois sont éternels et alors comment se fait-il qu'il évolue et que depuis le temps qu'il évolue il ne soit pas encore terminé puisqu'il évolue toujours, qu'il ait explosé du début comme nous le montre la fente des nébuleuses. S'il n'était pas autrefois ce qu'il est aujourd'hui comment affirmer qu'il a toujours été ?

S'en tirer par une pulsion continue, expansion et rétraction est fort intéressant, mais n'est pas démontrable.

Nous dirons donc pour conclure : Si Dieu existe cela ne gêne pas la Science telle que nous la connaissons et s'il n'existe pas cela lui pose quelques difficultés subsidiaires.

On admet généralement que la valeur d'une hypothèse scientifique se mesure à l'économie des hypothèses adventives. L'hypothèse Dieu est à l'évidence la plus économique qui soit. Nous ne pouvons débattre de sa réalité, à tout le moins elle ne peut nous gêner. Passons donc à la suite.


Les origines de l'homme

1/ Dieu prit du limon de la terre et crée l'homme à son image.

2/ L'homme a émergé par hasard des lois élémentaires de la Physico-chimie.

Voila en gros les deux positions possibles.

Tout d'abord on remarque qu'elles sont absolument identiques sauf sur un point, c'est que dans un cas le hasard et dans l'autre Dieu sont tous deux créateurs. Car entre le limon de la terre et les lois physico-chimiques il n'y a point de différence, les deux termes décrivant exactement la même chose, à savoir une certaine localisation d'énergie que nous appelons généralement matière.

Reste donc la notion précise, ce que nous avons de l'évolution qui s'est produite sur cette planète, de la solidification de la croûte terrestre à l'apparition de l'homme est-elle en opposition avec l'existence de Dieu ou est elle, en opposition avec l'hypothèse hasard.

Avant d'étudier ce point, une troisième voie à vrai dire une impasse doit être reconnue. C'est la notion selon laquelle il était nécessaire, vu les lois de la physico-chimie que l'homme un jour existât.

Cette notion quasi Hegelienne implique que des lois de la Nature étaient de toute éternité grosses de l'apparition de l'homme. Il s'agit bien d'une impasse puisqu'elle rejette au tout début toutes les potentialités dont l'épanouissement était inévitable. Elle n'est nullement une voie en soi puisqu'elle ne peut alors se différencier de la belle image du portail de Chartres, montrant Dieu créant le ciel et la terre et voyant dans la pensée l'apparition d'Adam. C'est la Nature faite Dieu ou plus exactement un Dieu aussi puissant que l'autre auquel il manque simplement la conscience de ce qu'il fait.

C'est tout au plus une spéculation sur la psychologie divine une tentative de psychanalyse de l'Id et de l'Ego sur la présence divine et cela dépasse quelque peu les compétences du raisonnement ordinaire. En tous cas celui de la piétaille des pauvres scientifiques.

Revenons donc à l'évolution.


Théorie de l'Evolution

On enseigne actuellement à l'école que les races se sont faites selon la théorie Darwinienne revue par la biologie moléculaire. En gros, sans se laisser impressionner par les mots trop savants cela se résume ainsi,

D'après la paléontologie il y eut d'abord des poissons, puis des reptiles puis des mammifères et tout récemment des hommes.

Bon, la séquence des évènements est identique celle que nous révèle la genèse, nous ne trouvons pas là de quoi chicaner bien au fond.

D'après la théorie néodarwinienne les espèces s'adaptent au milieu dans lequel elles vivent par un processus de sélection naturelle fort pratique.

Voici comment cela se passe. Chaque être vivant vint en ce monde avec un capital génétique, une véritable encyclopédie d'instructions, un discours microscopique sur la fibre de l'acide désoxyribonucléique. Sans trop simplifier les faits le fil d'ADN est ensuite copié en un autre fil d'ARN, lequel est lu par les ribosomes ou petites particules qui réalisent la synthèse des molécules actives, les machines outils de la cellule ou enzymes, exactement comme le ruban magnétique est déchiffré par la tête de lecture d'un magnétophone et dérodé en impulsions électriques pour restituer une symphonie à l'aide des vibrations d'un haut-parleur.

Si une erreur, une fausse note se glisse dans la partition elle sera transmise telle quelle à la suivante, et sera fidèlement: recopiée de génération en génération, à moins d'une nouvelle erreur, en sens inverse ou dans un autre sens.

Cette nouveauté, appelée mutation, détermine un changement de la forme et de la fonction de l'enzyme dont elle spécifie la formule et deux choses peuvent alors se produire : ou bien la mutation est mauvaise, l'individu qui la porte fonctionne moins bien avec cette nouvelle instruction que ceux qui ont conservé l'ancienne. Dans ce cas il aura moins de descendants ou même pas du tout et le changement sera éliminé à la longue ou presque immédiatement.

Ou bien l'innovation est bonne, elle confère un avantage à celui qui la porte et qui la transmettra à de nombreux descendants. A la longue les mutants remplaceront les anciens et le caractère nouveau deviendra la règle. Ainsi une race se différenciera d'une autre parce qu'il est préférable d'être blanc quand on est ours polaire et qu'il est plus adapté d'être brun quand on chasse dans la plaine ou dans la montagne.

Que ce processus puisse expliquer les différences raciales qu'il soit effectivement meilleur d'être noir de peau sous les tropiques que d'être roux et de ce fait sensible aux coups de soleil parait tout à fait plausible.

Une restriction cependant vient du fait que si la mutation est indépendante du milieu, on la dit communément au hasard par rapport à lui, elle n'a que très peu de chances d'être favorable au sens statistique du terme. Pour s'en convaincre il suffit d'intervertir au hasard deux connexions à l'intérieur d'un poste de télévision pour constater qu'une telle intervention n'améliore guère en général la réception de l'image. Bien sûr il n'est pas impossible que ce geste aveugle réalise soudain une finesse de montage qui avait échappé jusqu'ici à la sagacité des électroniciens, mais disons, sans pessimisme exagéré que cette probabilité est faible.

Pourtant, s'il y a beaucoup de mutations, et bien que la plupart soient à l'usage peu favorables, la sélection naturelle laissant passer seulement les meilleures, celles ci nous intéressent exclusivement et nous allons les retrouver dans un instant.

Une autre restriction s'impose sur la notion même de sélection qui dans l'esprit de Darwin et surtout de ses successeurs a permis de faire passer une (mot manquant) flagrante pour une hypothèse scientifique.

Si une mutation réussit, cela veut simplement dire qu'elle confère à l'individu une descendance plus nombreuse. Cela ne signifie nullement que l'individu lui même a progressé.

Par exemple l'accumulation de mutations augmentant la prolifération d'une bactérie peut être l'explication d'une épidémie soudaine. La nouvelle souche réussit, Darwinniennement parlant. Mais rien n'indique qu'elle ait progressé au sens de l'augmentation clé sa propre complexité, d'une élévation dans l'échelle des êtres organisés ;

A puni ; et a posteriori aussi, il n'existe à ce jour aucune raison de penser que la sélection naturelle portant sur les mutations simples favorise nécessairement un progrès vers la complexité. Progrès pourtant évident dans l'histoire de l'évolution. Plus même on peut calculer aisément qu'à la cadence actuelle de leur production les mutations sont totalement incapables d'expliquer l'évolution.

Alors quand on généralise en disant que l'évolution est expliquée par la génétique on fait ce que les banquiers appellent de la cavalerie, c'est à dire émettre des chèques sans provisions en espérant qu'on arrivera à renflouer le compte avant que les débiteurs mettent leur chèque en recouvrement. Car la génétique pour l'instant n'explique pas l'évolution.

Et dire que tout s'est passé par mutation au hasard et tri secondaire par la sélection naturelle n'explique rien du tout puisque tous calculs faits cela ne marche pas.

Si l'hypothèse Néo Darwinnienne a déjà fait long feu, bien qu'elle soit encore l'hypothèse de l'Ecole et que Monsieur Monod s'y laisse prendre tout comme un autre, toujours faute de mieux. Il ne s'en suit pas que ce problème nous soit toujours interdit. Pour le croyant en tout cas aucun obstacle absolu n'existe puisque comme je le disais tout à l'heure toute notre science est de tenter de comprendre, en des points très localisés comment Dieu s'y prend.

(…) accord sur la séquence d'apparition des être vivants, que la Religion soit en cause ou non   et impossibilité pour la science actuelle de savoir comment cela s'est produit.

Avant d'arriver au Déluge, passons un instant près de nos premiers parents.

Hélas les pauvres, Adam et Eve n'ont pas trop bonne presse aujourd'hui. On les voit pudiquement dans certains catéchismes et quelques esprits éclairés s'avisent même qu'ils n’ont probablement jamais eu qu'une existence mythique, forgée par les rêveries de feu de camp d'une tribu bédouine.

Les bons apôtres ; mais où seraient ils donc eux même si leur père et leur mère n'avaient existé que mythiquement ?



La genèse des espèces

Après avoir évoqué l'évolution des races la théorie de l'Ecole a prétendu que les espèces se faisaient de même et n'étaient que des races tellement prolongées et séparées par le temps et l'espace et si bien adaptées qu'elles ne pouvaient plus se ressembler.

A ce propos comment se fait-il que chez les marsupiaux, qui élèvent leurs petits dans une poche, il y ait des lapins et des loups exactement comme chez les mammifères qui les ont quittés il y a belle lurette, géologiquement et géographiquement, silence pudique et manteau de Néré !

Mais qu'est ce qu'une espèce ? C'est un ensemble d'être vivants capables de se reproduire entre eux. Les races sont les parties d'une espèce, et deux sujets de race différente sont féconds entre eux et leurs enfants le sont indéfiniment s'ils appartiennent à la même espèce. Au total, dans une espèce donnée on peut faire passer un gène d'un groupe à un autre. Par contre on ne le peut pas entre deux espèces. L'âne et le cheval par exemple : leurs hybrides le mulet et le bardot sont stériles et l'on ne peut faire passer un gène d'âne chez les chevaux ou un gène de cheval chez les ânes. Et cela est tout à fait en accord avec l'évolution car si ce passage de l'une à l'autre espèce était réellement possible il n'y aurait que des chevânes et non des ânes et des chevaux.

Comment donc peut on faire une espèce ?

Chez les mammifères nous n'en savons rien car jusqu'ici aucun système expérimental n'y est parvenu. Chez les plantes on sait fort bien, à partir d'un couple unique, ce qui est d'autant plus aisé que chez les espèces qui portent en même temps des cellules reproductrices mâles et femelles, il suffit d'un seul sujet nouveau pour fabriquer une espèce entière. Le fait est avéré.

Mais pour l'homme.

Nos théoriciens d'Ecole d'entêtent à nous dire ça c'est fait doucement, un proto homme, façon gorille adouci ou (mots manquants) renforcé s'est petit à petit humanisé et par insensibles progrès de génération en génération a finalement aboutit à l'homo sapiens.

Techniquement cela ne tient pas car ce n'est pas ainsi que l'on fabrique les espèces végétales, mais ça évite Adam et Eve ce qui parait soulager énormément certains.

Et Dieu fit l'homme à son image et il lui donne une compagne qu'il créa en prélevant une côte à l'homme qui dormait.

Arrangez vous de cela généticiens catholiques disent fort aimablement les théoriciens de l'Ecole. D'abord faire descendre la femme de l'homme leur parait beaucoup plus offensant pour nos compagnes que de les faire tous deux descendre du singe, et puis ce coup de la côte…

Voire   Nous savons depuis peu, même pas dix ans, et dans notre espèce uniquement (cela est bien suspect) que certaines femmes sont effectivement un fragment d'un homme, leur jumeau dont elles sont issues. Par exemple si l'oeuf au début est mâle  XY et qu'il se divise en deux embryons dont l'un perd le chromosome Y il en résulte des jumeaux fort différents, l'un étant un garçon normal et l'autre étant une fille, imparfaite il est vrai car elle n'a qu'un seul chromosome X au lieu de deux normalement. En tout cas elle est bel et bien un fragment de son frère à telle enseigne qu'elle se plaignait de voir son frère lorsqu'elle se regardait dans un miroir. Ce que des psychanalystes n'eussent point manqué de trouver fort troublant, alors qu'elle décelait ainsi spontanément une réalité biologique fort difficile à concevoir.

Chez la femme la constitution avec un seul X est infertile ; mais il n'en est pas de même chez la souris par exemple ; la femelle à un seul X est parfaitement féconde. Le croisement de ces jumeaux exceptionnels nous fournirait l'autofécondation dont nous parlions précédemment chez les plantes. A supposer qu'une mutation chromosomique spéciale interdise à ces jumeaux de se reproduire avec la population d'origine (on connaît des exemples simples de ce fait) ce couple unique serait à l'origine d'une espèce nouvelle, vraie, autonome et persistante d'emblée et, n'en déplaise aux théoriciens de l'Ecole, beaucoup plus efficace que l'espèce impossible par petites mutations. Ceci ne veut Pas dire que le sommeil d'Adam ait été la torpeur embryonnaire, ni que sa côte ait été un simple blastomère, ni enfin que toute l'histoire se soit déroulée comme je viens de l'exprimer. A tout le moins on en peut conclure que l'idée de sortir une femme d'un homme est de nos jours parfaitement scientifique, et que la spéciation par couple unique est toujours de nos jours le seul moyen réellement connu.

Pardonnez-moi d'avoir tout à l'heure mentionné le Déluge, nous allons le dépasser fort heureusement si vous le voulez bien, d'autant que l'heure s'avance.

L'incarnation du Verbe

Mais si jusqu'ici aucune incohérence ne nous choque, que direz-vous de l'incarnation du Verbe, de la maternité virginale de Marie et de la double nature du Christ en une seule personne. Cela ne choque-t-il pas votre objectivité de scientifique.

D'abord et sans aucune humilité parce que tout le monde s'en douterait de toutes façons, je déclare honnêtement que je ne sais pas grande chose sur ces sujets.

Pourtant une réflexion simple s'impose.

Nous savons que ce qui définit la Vie n'est nullement la matière mais une information contenue dans la matière. C'est un peu comme une statue qui n'est par nature ni en glaise ni en bronze mais peut être supportée par l'un ou l'autre matériau. A la vérité ce qui se transmet d'une génération à l'autre est bien constitué de matière au sens de protons et d'électrons mais ce qui persiste est une accrétion de matière en fonction de l'information contenue dans la première cellule.

Voir le déterminisme biologique comme une instruction écrite dans la molécule d'ADN et c'est le consensus de la science d'aujourd'hui est très exactement admettre l'inscription d'une information dans la matière, ou encore sans solliciter les mots, la description physique d'une certaine incarnation du Verbe. Que ce verbe incarné, incomplètement donne cette merveille qu'est un homme, nul n'en peut douter puisque tous tant que nous sommes avons été conçus de cette façon.

Qu'une incarnation totale du Verbe soit possible et qu'elle soit survenue une seule fois n’est pas matière à démonstration. Mais pour le théoricien de la biologie moléculaire, l'opération du Saint Esprit prend un sens presque littéral qui n'exprime certainement pas la réalité et n'en saisit probablement qu'un infime détail mais qui n'est pas en contradiction avec ce que nous savons.

Qu'il faille une étape à cette incarnation totale, que cette étape en l'occurrence la Sainte Vierge soit nécessairement virginale est un mystère étrange. Il y a quelques dix ans des collègues me demandaient si le Christ avait un chromosome Y, puisque Marie étant femme n'en pouvait point avoir. Nous savons maintenant que cette question était au moins doublement soluble (sans compter la solution juste que nous ignorons) à savoir qu'il existe des femmes qui portent un chromosome Y et qu'à l'inverse certains hommes n'en ont pas.

Quelque balbutiante que puisse être notre analyse elle est probablement utile, non point qu'elle nous enseigne rien de précis mais simplement parce qu'elle nous révèle par analogie que certains faits qui eussent passé pour biologiquement impossibles il n'y a pas dix ans, ne violent plus aujourd'hui aucun non potest établi.

Plus même je crois que la nécessité d'une nature particulière de Marie, à savoir son immaculée Conception, prouvera probablement pour la plus formidable découverte scientifique des théologiens du moyen âge quand on enseignera dans les écoles primaires de l'an deux mille et plus qu'une étape de ce type est indispensable à l'incarnation d'une plus grande quantité de logos dans un système fini.

Ainsi que je vous l'avais dit au début, ce n'est qu'en fils de L’Eglise et en serviteur de la science que j'ai tenté de vous présenter non point de que je sais et ni surtout ce que je comprends car ces mystères sont insondables, mais ce qu'un spécialiste peut retirer de la confrontation entre ce qu'il (…) péniblement dans le grand livre de la vie et ce qu'il porte dans son coeur depuis sa prime jeunesse.

Sur aucun point connu n'existe de divorce constaté entre la Science d'aujourd'hui et la Religion de toujours. Sur aucune question de foi la science ne peut prétendre et ceci d'ailleurs n’est nullement pour nous surprendre puisque nous savons du reste, avant même d'y aller voir de plus près qu'il ne peut y avoir incompatibilité aucune entre l'objet de ma Religion et celui de la Science c'est à dire entre le vrai et le vérifiable.

Charité bien ordonnée commence par ne pas tuer

Etudiants qui respectez la vie humaine et vous médecins qui ne tuez pas vos patients ; N'ayez pas peur.

Bien sûr on récusera vos idées, on vous écartera des commissions et des places. On lèvera contre vous l'étendard sanglant de la tyrannie expérimentale.

Mais n'ayez pas peur, vous êtes du côté de la vérité : c'est la maladie qu'il faut vaincre, et non le malade qu'il faut attaquer.

Toute l'histoire de la médecine est là pour nous en assurer.

Cette journée est placée paraît-il sous l'égide de la mission du Bicentenaire de la Révolution Française : Eh bien, savez-vous que 11 ans après la Déclaration des Droits de l'homme un philosophe s'avisa de soumettre au gouvernement d'alors un projet de loi défendant : " ... d'étrangler, d'étouffer, de saigner aux quatre membres ou autrement faire mourir aucun individu attaqué de rage, d'hydropholie ou autre maladie quelconque donnant des accès, des convulsions aux personnes...." et que cette loi ne fut même pas proposée, même pas discutée ?

Et que 12 ans plus tard naquît un enfant nommé Louis Pasteur ?

Ceux qui ont libéré l'humanité de la peste et de la rage n'étaient pas ceux qui étouffaient les enragés entre deux matelas ou brûlaient les pestiférés dans leur maison!

La morale médicale est fort simple, et se résume à ceci : la haine de la maladie et l'amour du malade.

Puis-je vous rappeler que 400 ans avant notre ère, un homme fonda la médecine en jurant : "je passerai ma vie et j'exercerai mon art dans l'innocence et la pureté. Et je ne donnerai pas de poison homicide, quiconque m'en prierait, ni ne suggérerai pareil usage, et je ne donnerai pas à une femme de pessaire abortif".

Deux notions dans la même phrase : pour Hippocrate, le médecin, n'est ni avorteur, ni euthanasiste.

Et avant que des pays, autrefois civilisés, l'aient renié par un vote, tous les maîtres de la médecine, pendant deux mille ans et plus l'ont constamment juré sous des formes diverses.

Assaph, médecin juif du VIIe siècle "Ne vous avisez pas de tuer quiconque par des sucs de racines et ne faites pas boire une potion abortive à une femme enceinte par adultère" ;

- Amatus Lusitanus, médecin juif portugais 1511-1568 « Je n'ai jamais tendu à quiconque une coupe remplie de poison mortel. Aucune femme n'a avorté avec mon concours » ;

- la Tephilath Harofim de Jacob Zahalon, médecin et rabbin d'Italie 1630-1693 « Seigneur délivre-moi de la main du méchant, de la main de l'inique et de l'oppresseur. Ne me mets en leur pouvoir même pour un court moment, pour que je ne prenne aucune part à leurs festins pour administrer une drogue, un breuvage ou un poison qui pourrait nuire à un homme ou qui ferait avorter une femme » ;

- Jusqu'au Serment de Genève après les horreurs de la guerre mondiale « Je ne permettrai pas que des considérations de religion, de nation, de race, de parti ou de classe sociale viennent s'interposer entre mon devoir et mon patient. Je garderai le respect absolu de la vie humaine, dès la conception ».

Chacun dans sa langue et dans sa culture, ces médecins ont exprimé au cours des siècles cette vérité que rappelait Pie XII en 1951 : « Tout être humain, même l'enfant dans le sein de sa mère, a droit à la vie, reçue immédiatement de Dieu et non des parents ou de quelque société ou autorité humaine. Donc il n'y a aucun homme, aucune science, aucune autorité humaine, aucune indication médicale, eugénique, sociale, économique, morale, qui puisse exhiber ou donner un titre juridique valable à disposer directement ou délibérément d'une vie humaine innocente"

Et le dernier Concile l'a résumé en une constatation terrible : "l'avortement et l'infanticide sont des crimes abominables".

Tout abandon de cette évidence repose sur un contresens énorme "Un foetus n'est pas un homme" (et voilà pour l'avortement). "Un zygote n'est pas un être humain" (et voilà pour la manipulation expérimentale).

A propos savez-vous pourquoi on réclame la vivisection des embryons dits surnuméraires ? Parce qu'un embryon de singe coûte cher et un embryon de chimpanzé encore plus. Alors que l'être humain très jeune s'il n'est plus protégé par les lois, n'a plus aucune valeur.

Mais un embryon de moins de 15 jours est-ce bien un être humain ? Et ce zygote du jour ? N'est-ce pas la cellule la plus indifférenciée qui soit ?

Au-delà de l'immense diversité des allèles qui rendent chacun de nous unique et irremplaçable, chaque sexe marque de son empreinte le message génétique. La méthylation spécifique de l'ADN porte sur certains passages chez le mâle, alors que cette empreinte se fait sur d'autre passage chez la femme. Chez la souris, les manipulations de SURANI ont montré qu'un zygote (même diploïde, même complet) s'il ne porte que l'empreinte masculine, ne peut donner un enfant ; seulement des membranes ou des vésicules. C'est, en pathologie, la môle hydatiforme.

Et réciproquement un zygote même complet, même diploïde, mais ne portant que l'empreinte féminine ne peut donner un enfant, mais seulement des pièces détachées : du poil, de la peau, de la dent. En pathologie c'est le kyste dermoïde.

Dans la sphère d'un millimètre et demi du zygote fécondé l'empreinte préfigure déjà la division du travail ; au père la construction de l'abri et la quête de la nourriture (les membranes et le placenta), à la mère l'élaboration de l'enfant.

Et comme les deux empreintes sont simultanément nécessaires, et qu'elles se modifient peu à peu à chaque génération cellulaire (la régulation des protéines du choc thermique change dès la première division en deux cellules) le zygote nous apparaît aujourd'hui comme la cellule la plus différenciée qui puisse être puisqu'elle renferme tous les secrets de la différenciation cellulaire que ses descendantes oublieront peu à peu, pour justement, se spécialiser. Tous les spécialistes s'en aperçoivent, apprenant de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses, ils savent presque tout sur presque rien en oubliant tout le reste.

Ici, permettez-moi de transmettre aux représentants des mass-média, s'il y en a dans la salle, une nouvelle d'importance ; La parthénogenèse artificielle, sauf miracle évident, n'est pas possible dans notre espèce. Finie la prétention de faire féconder l'ovule par le globule polaire d'une amie, pour éviter l'intervention du mâle. Fini le cauchemar de la grossesse patrocline par l'introduction de deux spermatozoïdes dans un zygote préalablement privé de son noyau légitime. Finie la rêverie du milliardaire espérant d'une cellule somatique, faire germer un clone à son image!

Il faut l'empreinte du père et celle de la mère pour engendrer un être humain.

Pardonnez-moi ces deux parenthèses, l'une historique, l'autre ultra moderne. J'aurais pu résumer le tout, car la médecine possède en définitive une conception fort claire et fort simple de l'homme.

Parce que dès sa conception il est membre de notre espèce, tout être humain à droit à la vie et s'il est malade il a droit à notre dévouement.

La Biotechnologie

Conférence devant les partis démocrates européens, Parlement européen.
Jérôme Lejeune
Octobre 1991

 

La biotechnologie et ses implications éthiques, politiques et juridiques

 

Monsieur le Président,

Il est un peu étrange pour un biologiste de parler devant des législateurs et pourtant il se trouve que le droit et la vie emploient le même langage. D'une société bien faite et qui protège tous ses ressortissants nous disons qu'elle a une constitution équitable. D'un homme bien portant capable de résister aux agressions, on dit qu'il a une bonne ou une forte constitution et curieusement, les lois qui vont décider ces deux constitutions, celle des sociétés ou celle de l'homme, sont votées par un processus relativement démocratique. Je ne parlerais pas trop du processus législatif, mais le processus biologique utilise aussi une sorte de vote puisqu'un seul spermatozoïde parmi des millions est celui qui sera élu pourra porter le génome masculin à l'être nouveau. Ce qui stupéfie le biologiste, c'est que certains prétendent aujourd'hui changer le droit pour une nouvelle constitution humaine qui leur donnerait tous les droits. Or le droit n'a pas tous les droits. Il se trouve que la nature humaine existe et que nous le voulions ou non nous sommes obligés d'en tenir compte. Monsieur Casini a obtenu comme il l'a dit tout à l’heure d'importants succès au Parlement européen. Il serait je crois capital pour l'Europe d'être la première communauté humaine importante à définir complètement la protection de l'être humain devant la technologie. Comme vous le savez le développement de la technologie a été et sera foudroyant, ça nous en sommes sûrs, mais l'homme, lui, sera-t-il foudroyé ?   Ça nous ne le savons pas encore. Il serait je crois dans la vraie lignée de l'Europe de donner à l'humanité une sorte de guide général qui serait très court qui pourrait tenir en une seule page et qui dirait comment l'homme utilisera sagement sa puissance qui augmente chaque jour.

La première proposition serait : Devant la loi tout être humain est une personne. Ceci est une affirmation purement légaliste et je sais qu'il y a des discussions très difficiles sur le mot personne. Je voudrais vous faire remarquer en tant que biologiste qu’il y a une différence entre l’être humain et la personne, que l’être humain est plus spécialisé que la personne. Il existe des personnes qui ne sont pas des êtres humains, les trois Personnes de la Trinité pour les théologiens ou, pour être plus modeste, le droit commercial, la personne morale d’une société anonyme, mais seules les êtres humains sont toujours des personnes, s’il existe des personnes qui ne sont pas des êtres humains et je pense que, sans jouer sur les mots, les Européens devraient faire cette définition devant la loi : Tout être humain est une personne.

Il y a ici une grave décision. Le Parlement britannique a malheureusement voté par erreur et la reine d'Angleterre, (j’en parle avec le plus grand respect) a malheureusement signé une loi qui dit que lors des quatorze premiers jours de son existence l'embryon n'est pas un être humain. Ceci permet pour l’instant aux petits sujets de sa gracieuse Majesté lorsqu'ils non pas encore dépassé deux semaines après le début de leur vie, d'être des objets d'expérience, d'être considérés comme des animaux d'expérience. Outre le caractère profondément inhumain de cette loi, elle a une conséquence légale qui apparemment a échappé jusqu'ici au Parlement britannique. Cette conséquence est redoutable. Si la loi anglaise dit vrai, si l'embryon n'est pas un être humain dès la fécondation, mais seulement après le quinzième jour, alors il s'ensuit que la reine d'Angleterre était un animal pendant les quatorze premiers jours de sa vie. Il s'en suit de même que pour les députés de la Chambre des Communes (je ne parle pas des Lords qui se sont transmis leur noblesse par l'intermédiaire d'une génération animale de quatorze jours à chaque génération, ce qu'aucun généticien au monde ne peut croire), chacun d’eux est un ancien animal. Il est très difficile d’imaginer qu’on puisse confier la destinée d’un pays aussi important que l’Angleterre ou celle de toute l’Europe a d'anciens animaux ! Il s'ensuit que la première qualité d'un biologiste et d'un légiste, c'est l'honnêteté     devant la nature. Nous sommes absolument sûrs qu'un embryon humain n'est pas un animal et qu'il est un être humain dès sa conception, car s'il ne l'était pas dès le premier instant il ne le deviendrait jamais. Je ne voudrais pas vous faire un cours de génétique, laissez-moi simplement vous rappeler une expérience que vous pourrez tous refaire facilement. Dans chaque pays, si cela m'est possible, je visite deux endroits également instructifs : l'université d'une part et le jardin zoologique de l'autre. Eh bien dans les universités, j'ai toujours vu des gens très savants se réunir en congrès et hocher doctement de la tête en se demandant si leurs enfants lorsqu’il sont très jeunes ne sont pas des sortes d’animaux, mais je n’ai jamais vu au zoo des congrès de chimpanzés se demandant si, une fois adulte, leurs enfants ne deviendraient pas des universitaires. C’est une expérience d’une grande simplicité. Mais quand il s'agit de définir la nature, il faut purement et simplement accepter l’évidence.

La seconde instruction que les Européens pourraient donner à l'humanité, après avoir précisé que devant la loi tout être humain est une personne, la seconde chose c'est qu'ils devraient dire, puisque l'on a aboli l'esclavage, le corps humain est indisponible, c'est-à-dire que personne ne peut être considéré comme un stock de pièces détachées dans lequel on irait chercher des éléments pour échange standard.

La troisième chose serait de dire que l’embryon humain est lui aussi indisponible. Pourquoi ? Parce que l'embryon est l'être le plus fragile, quoi qu'il soit extrêmement résistant. Puisqu’il est le début même de la vie, c’est celui sur lequel des manipulations pourraient porter le plus facilement et il faudrait simplement je crois définir que l’embryon humain est indisponible qu’il ne peut pas être exploité et que toute intervention qui porte sur un embryon humain doit être dans l'intérêt de cet embryon-là et non pas dans l'intérêt d'une autre personne. De la même façon que toute action médicale, biologique ou technologique sur un adulte ne peut être faite que dans l'intérêt de cet adulte et non pas en exploitant cette personne dans l’intérêt d'une autre personne. Il serait très important aussi de préciser, sans rentrer dans tous les détails de la technologie de la procréatique artificielle, de dire que, je me permets de lire cette phrase : la poursuite de son développement continue jusqu'à son terme, dans l'organisme de sa mère, doit être offerte à chaque embryon avant qu'un autre embryon soit conçu. C'est ce que fait la nature lorsqu'une femme a conçu un enfant, il y a suspension de la fonction ovarienne, il peut y avoir éventuellement des jumeaux conçus en même temps, mais il n'y aura plus d'autre conception. On attend, la nature attend que l'être humain soit arrivé à son terme (ou peut-être éventuellement meurt trop tôt une fausse-couche spontanée), mais en tout cas un autre embryon n'est mis en route par la nature que quand le premier a connu sa chance. Il s'agit d'une loi biologique absolument sans exception chez les êtres supérieurs. Il serait sage de s’en souvenir, cet adage réglait les lois qui découleront ensuite, il n’y aurait plus aucun risque de congeler les embryons, de vendre les embryons, d'exploiter les embryons, on respecterait une seule loi de la nature et, à ce moment là, la protection des embryons serait assurée.

Je voudrais ici, si je puis, en un instant vous rassurer sur un point: Vous êtes peut-être effrayés par ce qu'on lit dans les journaux et que par exemple la manipulation des embryons nous permettra de faire une
conception entre femmes sans hommes, de prendre le noyau d'un ovule chez une femme, de l'insérer dans l'ovule d'une autre femme et de réinsérer le tout dans l’utérus de l’une de ces deux personnes pour obtenir un enfant descendant de deux lesbiennes. Ou encore, on nous a affirmé que l'on pourrait prendre un ovule, enlever son noyau légitime et mettre à la place deux spermatozoïdes venant de deux hommes différents. Le tout serait implanté ensuite dans un utérus de louage pour obtenir un descendant qui n'aurait que deux pères. Ou encore, on pourrait prendre une cellule du corps adulte, en retirer le noyau et le mettre dans un ovule pour obtenir ce que l'on appelle un clone, une sorte de jumeau avec un décalage de trente ou quarante ans qui serait identique à celui qui a donné le noyau. Je tiens à vous dire que ces trois manipulations n’auront pas lieu dans notre espèce. La nature y a pourvu. Nous savons depuis deux ans qu'il faut absolument un homme et une femme pour engendrer un nouvel enfant. Le message génétique est souligné, nous appelons ça la méthylation de la cytosine, dans les spermatozoïdes à certains passages qui sont tous les mêmes pour tous les hommes. Le message génétique dans l'ovule est souligné à d'autres endroits, toutes les femmes soulignent au même endroit, mais ce n'est pas le même endroit que les hommes. Il en résulte que si l'on fabrique, et cela a été fait chez l'animal, chez la souris, un composite à partir de deux noyaux féminins, cela ne fabrique pas un être nouveau, c'est une tumeur, cela fabrique des pièces détachées, cela s'appelle un tératome. On en trouve à l’intérieur du poil, de la dent, de la peau, du tissu nerveux, mais aucune mise en forme, aucun être nouveau, un sac de pièces détachées. Inversement on a réussi à mettre dans un ovule, chez la souris toujours, deux génomes masculins et cela ne donne pas un nouvel être ; cela donne ce qu'on appelle une môle hydatiforme, des vésicules qui ressemble un peu à une grappe de raisins. De la même façon nous savons aujourd'hui par l'expérience qu'il n'est pas possible de fabriquer un clone, c'est-à-dire d’obtenir un être issu d'un noyau du corps d'un sujet adulte. Ceci nous amène à la notion qu'il ne sera possible d'engendrer entre femmes, il ne sera pas possible de fabriquer contre nature un enfant qui n'aurait que deux pères et le milliardaire qui prétendait transmettre en même temps son patrimoine génétique et ses intérêts financiers par la manipulation clonale voit sa spéculation complètement dévaluée ! Il faut l'union de deux personnes pour en engendrer une troisième. Dans la première cellule se trouvent, côte à côte le message souligné à la façon masculine, et le message souligné à la façon féminine et c'est le seul moment de notre vie où nous avons en même temps le message masculin et le message féminin, seule la première cellule est véritablement conçue homme et femme dès le début. Car au cours des divisions cellulaires, une partie du message féminin s'efface, une partie du message masculin s'efface au fur et à mesure de cette explosion de la forme qui se fait par la spécialisation des cellules, qui savent faire un cerveau, des muscles, de l'os ou du sang. Cette spécialisation ressemble énormément à ce qu’on observe en médecine. Quand on devient spécialiste on apprend de plus en plus de choses sur de moins en moins de choses et à la fin on sait presque tout sur presque rien. Seule la première cellule savait presque tout sur presque tout.

Juste un mot pour terminer. Pour lutter contre ces évidences, on utilisera toujours devant vous et contre vous la logique de Juda. La logique de Juda est très simple ; elle repose sur trois points. Ces trois points sont également mauvais.

Le premier, c'est la diversion. On vous dira: mais ne vous intéressez pas à l'être humain qui commence, ou à celui qui va disparaître, voyez plutôt toutes les difficultés qu'il fait peser sur la société ou sur les parents, en temps, en argent, en dédication. Ne regardez pas le sujet, regardez la famille, la société, l’économie.

Le deuxième point, c'est l'inversion, et on vous dira dans toutes ces discussions : regardez tout le bien que l'on ferait avec tous les soins, tout l'argent, toute la dédication que l'on va dépenser pour ce sujet, regardez comment on ferait mieux les autoroutes et comment on pourrait mieux doter le tiers-monde. C’est l’inversion ; on dit qu'il vaudrait mieux ne rien faire pour celui-là parce qu’éventuellement on ferait quelque chose de mieux pour d'autres.

S'installe alors le troisième terme qui est la perversion qui s'appliquera aussi bien à l'embryon qu'au vieillard ; il n'y a qu'à supprimer l’innocent. Un homme a déjà fait ce raisonnement, je vous ai dit son nom tout à l'heure. Il a trouvé que ça coûtait trop cher de briser un vase de parfum, il a montré tout le bien qu'on aurait dû faire avec cet argent et le résultat fut la perversion absolue, la condamnation de l’innocent.

En tant que législateurs, il vous faudra choisir entre deux façons de voir les hommes : l’une est celle de Juda : la diversion, l’inversion, la perversion. L’autre c’est celle de l’Innocent. Lui-même qui vous a dit simplement : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l‘avez fait ».

Adam et Eve ou le monogénisme

Paru dans Nouvelle Revue Théologique n°2,  
Jérôme Lejeune
février 1968    

A la suite de l’article de M. R. LAVOCAT publié en juin 1967 dans la N.R.Th. nous avons reçu du Professeur J. LEJEUNE les pages que nous publions ci-après. Leur objet est strictement limité : elles contestent, au nom de la génétique, que le polygénisme soit scientifiquement établi. Ce n’est certes pas à la théologie qu’il revient de décider du degré de certitude qu’il faut reconnaître, du point de vue scientifique, au monogénisme ou au polygénisme. C’est la tâche des savants et il va de soi que ce n’est point dans la N.R.Th., que doivent se déployer leurs discussions techniques. Toutefois il nous a paru utile, à titre d’information et par souci d’objectivité, de porter à la connaissance de nos lecteurs les pages du Professeur LEJEUNE et de permettre à M. LAVOCAT d’exprimer son point de vue.

Le problème de l’origine de l’homme divise les paléontologistes depuis que Klaatsch en 1910 énonça la théorie polygénique, reprise par Rosa et Montandon dans les années 1920.
Sous les coups répétés des spécialistes tels que H. Vallois et Mlle H. Alimen, cette théorie fut abandonnée sous sa forme extrême (le polyphylétisme) et ses tenants se virent réduits à une position de repli, qui s’appellent toujours le polygénisme . En bref, cette théorie suppose l’existence d’un petit groupe en voie d’hominisation progressive, dans lequel l’accumulation de « petites mutations » amènerait certains individus au seuil de l’humain, tandis que d’autres resteraient encore au stade infra-humain. Progressivement, le type humain l’emporte et devient prépondérant.
Un récent article  présente ce point de vue comme scientifiquement établi, et diverses considérations théologiques, qui découleraient de sa validité, sont envisagées.
Vu l’importance du problème, il nous paraît indispensable de savoir comment la génétique peut s’accommoder de l’une et de l’autre hypothèse : du polygénisme par transformation d’un groupe ou du monogénisme par l’apparition d’un couple.

 

La notion d’espèce

L’ensemble des hommes répond à la définition génétique d’espèce : tous les êtres humains ont un patrimoine héréditaire commun, qui les fait hommes et possèdent certaines particularités, les « petites mutations », qui les différencient les uns les autres selon la façon dont elles sont rassemblées dans chaque individu. Toutes les races humaines sont interfécondes et leurs hybrides le sont aussi.
Cette fraternité biologique des membres d’une même espèce est déterminée par l’identité de structure des chromosomes, petits filaments contenus dans le noyau des cellules et vecteurs de l’information génétique. Les 23 paires de notre patrimoine sont les mêmes chez tous, mis à part les cas pathologiques dont l’importance nous apparaîtra tout à l’heure.
La constitution des chromosomes d’une espèce définit cette dernière mieux que tout autre caractère taxonomique, puisque c’est elle qui lui impose ses limites.
D’une espèce à l’autre aucun échange de petites mutations n’est possible, même lorsque certains croisements sont féconds. Le mulet par exemple est parfaitement viable et même sur certains points, supérieur à ses géniteurs, l’âne et la jument ; mais il est stérile. Il ne peut donc transmettre à l’un des groupes parentaux certains caractères qu’il a reçu de l’autre.
On voit par cette observation familière, que deux espèces ne diffèrent pas seulement par de nombreuses petites mutations, mais qu’elles sont séparées par une barrière génétique.
Les chromosomes de l’âne ressemblent à ceux du cheval, mais de nombreuses différences permettent de les reconnaître aisément. On peut même dans les cellules du mulet ou du bardot identifier les chromosomes « âne » et les chromosomes « cheval » réunis chez l’hybride. La stérilité de ce dernier provient justement de ces différences entre les chromosomes ; ceux-ci ne peuvent s’apparier deux à deux pour fabriquer des cellules sexuelles équilibrées, contenant chacune exactement la moitié du patrimoine génétique de l’espèce.

 

La spéciation par petites mutations

La viabilité de l’hybride démontrant que l’accumulation de petites mutations ne suffit pas à séparer l’âne du  cheval, la théorie polygénique d’un groupe d’ânes « en voie d’équinisation » ne pourrait se soutenir sans de nombreuses hypothèses accessoires.
On voit très clairement en effet que dans ce groupe « en voie d’équinisation » les petites mutations n’auraient pu conduire au cheval puisque les gènes d’un cheval imparfait se fussent dilués dans les chromosomes des ânes ou bien n’eussent pu s’implanter à partir d’un seul cheval, supposé réussi, en raison de l’impossibilité d’échanges génétiques entre les deux espèces.
D’où cette remarque décisive : si les petites mutations faisaient toute la différence, il n’y aurait que des « chevânes » et non des ânes et des chevaux.
Il est donc absolument nécessaire que la nature procède par bonds. Nous en observons d’ailleurs chaque jour en pathologie humaine, même si certains d’entre eux semblent des faux-pas.

 

Les anomalies chromosomiques

A la naissance, un enfant sur cent est porteur d’anomalie chromosomique. L’importance de ce chiffre, totalement insoupçonnée il y a quelques années, nous montre quel tribut chaque génération paye aux erreurs de la mécanique chromosomique, et nous révèle en même temps quelle « pression évolutive » est toujours en réserve dans une espèce.
Nous résumerons suffisamment un très grand nombre d’observations en disant que, lorsqu’un chromosome est en excès, le développement morphologique de l’enfant est infléchi dans un certain sens alors que, si ce même segment du patrimoine vient à manquer, le développement est infléchi dans le sens contraire . Pour un taxonomiste cela signifie que de très nombreux caractères de l’individu sont modifiés en bloc par un seul accident.
Ces excès ou ces défauts de chromosome sont en général très défavorables et ne peuvent guère s’implanter dans une espèce.
Rien n’empêche de penser cependant que certaines combinaisons nouvelles puissent être supérieures au modèle commun.

 

La spéciation par changements chromosomiques

Des échanges entre chromosomes, sans perte ou gain de matériel génétique, peuvent coexister dans une même population, bien que la fertilité des croisements entre porteurs et non-porteurs soit diminuée.
Il est tout a fait concevable que l’accumulation d’un certain nombre de ces remaniements, à l’intérieur d’une même lignée, finisse par isoler celle-ci du reste de l’espèce, chaque remaniement nouveau réduisant un peu plus la fertilité des croisements.
Il serait par contre hautement improbable que des remaniements fortuits fussent toujours équitables. Pertes ou gains se produisent fatalement et nous venons justement de voir que ces omissions ou ces répétitions de certaines parties du message héréditaire modifient les caractères taxonomiques beaucoup plus profondément que les petites mutations.
Pour qu’une nouvelle espèce émerge et se referme sur elle-même, il est donc nécessaire que la mise en commun des remaniements de structure et des effets de dosage génique surmonte les difficultés de reproduction qu’entraîne leur inévitable confrontation.
La complexité de ces interactions impose la plus grande prudence dans l’emploi des équations classiques de la génétique évolutive, car ces lois ne rendent compte que de la diversité des races à l’intérieur d’une même espèce.
Pourtant, il paraît raisonnable d’admettre que la probabilité d’homogénéisation reste liée au degré de consanguinité du groupe. Dans ces conditions les chances de réussites seraient d’autant plus grandes que le groupe serait plus restreint.
Il est alors tout naturel de rechercher si le cas limite, d’un  groupe réduit à sa plus simple expression, fait partie de l’ensemble des solutions.

 

L’isolement spécifique à partir d’un couple

Pour donner une idée de cette possibilité, nous prendrons le remaniement le plus simple, bien connu dans notre espèce, la fusion de deux chromosomes en un seul.
Tout homme normal possède deux exemplaires de la paire 13. Si ces deux bâtonnets se soudent l’un à l’autre pour ne plus former qu’un seul élément, l’individu porteur de cette nouveauté n’aura que 45 chromosomes au lieu de 46 normalement. Il apparaîtra cependant comme entièrement normal puisqu’il possède bien l’information génétique complète, contenue dans ses deux chromosomes 13 soudés. Par contre lors de la fabrication des cellules reproductrices, ce chromosome unique 13-13 ne peut se désunir et, par conséquent, migre dans l’une des cellules sexuelles, l’autre ne recevant aucun chromosome 13.
Comme la fécondation par une cellule sexuelle normale apporte un exemplaire de chaque paire, les deux types d’enfants possibles ne sont pas viables.

  • ou bien, la cellule primordiale porte un 13 normal et le 13-13 soit au total trois chromosomes 13, ce qui détermine une malformation incompatible avec la vie (trisomie 13) .
  • ou bien la cellule primordiale ne contient qu’un seul chromosome 13, combinaison ne permettant pas le développement embryonnaire.

Ce type de remaniement ne peut donc s’établir à partir d’un seul porteur.
La situation est entièrement différente s’il existe un couple de sujets, de sexe différent évidemment, marqués de la même particularité.

Comme tous deux forment des cellules sexuelles porteuses du 13-13, ou sans 13 du tout, on peut admettre trois types d’enfants :

  • ou bien deux cellules porteuses du 13-13 se rencontrent et il existe alors quatre chromosomes 13 au lieu de deux normalement.
    Cette combinaison est encore plus défavorable que la trisomie 13.
  • ou bien deux cellules sans chromosomes 13 se rencontrent. Le produit, ne possédant aucun chromosome 13, ne peut pas se développer puisque un seul 13 est déjà insuffisant.
  • ou bien une cellule porteuse du 13-13 rencontre une cellule sans  chromosome13. Le produit est alors tout à fait normal et identique à ses parents.

A partir de ce couple une nouvelle espèce est isolée : les enfants sont identiques à leurs parents, ils sont féconds entre eux, mais ne peuvent échanger aucun gène avec la souche ancestrale dont ils viennent d’émerger.
Il suffit que cette fusion entre les chromosomes 13 s’accompagne d’un effet de dosage, c’est-à-dire qu’un segment soit en excès ou en défaut pour que les caractéristiques taxonomiques soient changés, et que la nouvelle espèce devienne reconnaissable aussi bien pour le généticien que pour le classificateur, pour l’éleveur que pour le morphologiste.

 

Apparition du couple originel

Pour que cette spéciation d’emblée reste plausible, il faut que l’apparition soudaine du couple mutant ne soit pas totalement improbable.
Le type d’accident primaire pris en exemple ici n’est pas absolument exceptionnel. Cependant, pour que deux sujets s’en trouvent simultanément porteurs, à la même génération et à proximité géographique raisonnable, la fréquence primitive devrait être réduite par de très nombreux facteurs et pourrait devenir infime.
Certains phénomènes biologiques, observés récemment, apportent un début de réponse à cette difficulté, par exemple, l’existence de couples de jumeaux identiques mais de sexe différent (monozygotisme hétérocaryote).

Le mécanisme en est le suivant :
Un œuf fécondé, mâle, se clive en deux embryons dont l’un se développe normalement en un individu de sexe masculin. L’autre, ayant perdu son chromosome Y lors de la séparation, prend un aspect féminin. L’individu qui en résulte est très exactement un fragment du mâle dont il est issu.
Ce type de gémellité extraordinaire est évidemment fort rare, mais on en connaît plusieurs exemples dans les quels l’un des sujets était infécond.
On ne peut estimer, même grossièrement, la probabilité d’apparition d’un tel couple entièrement réussi, mais les demi-échecs que nous observons laissent à penser qu’un tel phénomène n’est nullement impossible.

 

L’Hypothèse adamique

Les données de la cytogénétique humaine sont encore trop fragmentaires pour que le schéma présenté ci-dessus puisse être tenu pour un modèle achevé.
Ces quelques réflexions montrent cependant que l’hypothèse du couple originel a le très précieux avantage de pouvoir être décrite en termes d’évènements chromosomiques directement analysables.
Par ailleurs ce mécanisme de préservation des effets de dosage génétique ne requiert pas que chacune des étapes intermédiaires ait été favorable per se.
Enfin, il faut voir clairement que le polygénisme et monogénisme s’opposent sur un point d’importance.
Dans la théorie du groupe, les hommes seraient les descendants de primats inégaux que mutation et sélection eussent progressivement rendus similaires.
Dans l’hypothèse du couple unique, les hommes sont frères, d’abord et entièrement.
Comment pourrait-on négliger la seule évidence biologique qui nous soit donnée : la pleine fraternité des hommes ?


Jérôme LEJEUNE - Professeur de Génétique                            
Chaire de Génétique Fondamentale                    
15, rue de l’Ecole de Médecine    Faculté de Médecine de l’Université de Paris - 75 – Paris VIè

 

Brèves remarques

Etant donné le caractère propre de la Nouvelle Revue Théologique, j’ai seulement fait allusion dans mon article de juin 1967 aux raisons que nous avons de considérer le polygénisme comme étant d’une certitude scientifique hautement fondée. La présentation détaillée de ces raisons avait été faite dans l’article : Polygénisme. Point de vue scientifique, que j’ai rédigé pour le Dictionnaire de la Bible. Supplément, t. VIII, Paris, Letouzey, 1967, col. 92-102, article qui n’est pas cité dans l’exposé ci-dessus.
Celui-ci est le reflet d’une position très personnelle de l’auteur. Je n’y trouve rien qui soit de nature à modifier le contenu et les conclusions de mes articles du Dictionnaire et de la N.R.Th.. Notons entre autres que, dans le texte qui nous est proposé, les données modernes relatives notamment à la génétique évolutive et à la spéciation sont présentées de façon insuffisante ou même très inexacte. La majeure partie des faits invoqués par l’auteur en faveur de sa thèse sont des faits pathologiques, tous plus ou moins destructeurs de l’équilibre délicat de l’être vivant ; et passer de la possibilité constatée de détruire à celle hypothétique de construire ma paraît être d’une logique extrêmement contestable. L’auteur lui-même est obligé de reconnaître que le processus de gémellité extraordinaire invoqué par lui aboutit en réalité à une impasse (stérilité de l’un des jumeaux). Quant à l’unité fraternelle du genre humain, elle n’est nullement diminuée ou mise en cause par le polygénisme, contrairement à ce qu’affirme l’auteur, en s’appuyant d’ailleurs sur une vue des rapports entre la population souche et la population humaine, qui n’est pas celle de la science moderne. (Le polygénisme n’a rien à voir avec les théories aberrantes de Klaatsch). L’inconsistance des arguments mis en avant pour défendre le monogénisme souligne en définitive l’irrecevabilité scientifique de celui-ci.

R. LAVOCAT - Docteur en Sciences Naturelles
Directeur du Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes
Institut de Paléontologie du Museum            
8 rue Buffon - 75 - Paris Vè

 

1 Pour plus de détails, cfr J. Carles, Polygénisme ou monogénisme : le problème de l’unité de l’espèce humaine, dans Archives de Philos., 1948, p. 84-100.

2 R. LAVOCAT, Réflexions d’un paléontologiste sur l’état originel de l’humanité et le péché originel, dans la N.R.Th. 89 (1967) 582-600.

3 J. LEJEUNE, Types et contretypes, dans Journées parisiennes de Pédiatrie. Paris, Flammarion, 1966, pp. 73-83.

4 TURPIN et J. LEJEUNE, Les chromosomes humains. Paris, Gauthier-Villars, 1965.