Association des Amis du Professeur Jérôme Lejeune

Accueil
Biographie du Professeur Lejeune
allemand
anglais
espagnol
italien
portugais
Ouverture du procès
Témoignages
Citations du Professeur Jérôme Lejeune
Bibliographie sur Jérôme Lejeune
L'Association des amis
Nous contacter
Prières
Messes 2008 et 2009
BIOGRAPHIE DU PROFESSEUR JEROME LEJEUNE
 
Jérôme Lejeune est né en 1926, à Montrouge, dans une famille de trois garçons.

Curieux de nature, il tire un enseignement de tout ce qu’il vit, et se révèle aussi bien bricoleur de génie que poète à l’écoute de la création qu’il admire, fort en thème que plein d’humour, capable de participer à une aventure collective comme celle de monter une pièce de théâtre que de s’abîmer dans le travail solitaire.
Toutes les différences facettes de sa personnalité perdureront, contribuant à former une personnalité attachante et singulière qui étonnera par sa diversité et sa liberté ceux qui le connaitront.

Très tôt sa vocation se dessine, et avec la découverte du héros de Balzac le Docteur Benassis, il veut devenir, lui aussi, médecin de campagne, dévoué aux humbles et aux pauvres.

Après la guerre, il se plonge avec passion dans les études de médecine.

Le 15 juin 1951, il soutient avec succès sa thèse de doctorat. Ce même jour, son avenir se décide dans un sens tout différent de ses projets : un de ses maîtres, le professeur Raymond Turpin, lui propose de devenir son assistant pour un sujet délaissé : le "mongolisme", maladie qui atteignait un enfant sur six cent cinquante. Jérôme touché par le manque total de prise en charge de ces familles, se sent appelé à les aider et accepte.

Le 1er mai 1952, il épouse, à Odense au Danemark, Birthe Bringsted qui se convertit au catholicisme, dont il aura cinq enfants - Anouk, Damien, Karin, Clara et Thomas - et avec laquelle il partagera tous ses combats.
Pendant ses séjours à l'étranger, il lui écrira chaque jour.
Il est alors chercheur au CNRS.

En 1957, Jérôme est nommé, auprès de l'ONU, "expert sur les effets des radiations atomiques en génétique humaine". Il participe, dès lors, à des congrès internationaux, où il se fait remarquer par sa liberté de langage, face à la volonté de domination de certaines délégations.

En 1958, profitant d’une nouvelle technique découverte par deux chercheurs Tjio et Levan pour la culture de tissus et rapportée des Etats-Unis par le docteur Marthe Gauthier, il peut vérifier son hypothèse avec cette dernière, Jacques Lafourcade, Marie-Odile Rethoré et plus tard Jean de Grouchy : lors de l’examen des chromosomes d’un enfant dit mongolien, il en découvre un supplémentaire sur la 21ème paire.
Le 16 mars 1959 est lue par le doyen de l’Académie de médecine – et publiée - la communication de l’équipe de Trousseau écrite par Jérôme et cosignée par Marthe Gautier et le professeur Turpin. Pour la première fois est établi un lien entre une déficience intellectuelle et une aberration chromosomique ; on parlera désormais de "Trisomie 21".

Trois enfants font déjà le bonheur de son foyer, lorsque la santé de son père se dégrade. Jérôme est mis devant l'évidence : il s'agit d'un cancer des poumons. L'agonie de ce père aimé lui fait réaliser à quel point "la vue de la souffrance de ceux que l'on aime est insupportable". Son regard devient désormais plus profond : dans chaque visage de patient, il reconnaîtra le Christ lui-même.

En novembre 1962, Jérôme Lejeune se voit décerner le "prix Kennedy", récompensant la recherche sur les maladies de l’intelligence, et dans son cas sa découverte sur la trisomie 21.

En octobre 1965, il est titulaire de la première chaire de génétique fondamentale à Paris.

Tout porte à l'espérance : sa découverte et la publicité qui en est faite dans le monde scientifique, pense-t-il, stimuleront la recherche, et permettront la mise au point de traitements appropriés pour guérir les malades.
Il étudiera avec son équipe plus de 30 000 dossiers chromosomiques et soignera plus de 9 000 personnes atteintes d’une maladie de l’intelligence venues du monde entier, attirées par sa renommée internationale et l’accueil qu’il leur réserve, fait d’écoute et de compassion.
Jamais en effet il ne séparera le soin de la recherche, et c’est dans ce contact personnel très fort qu’il a avec ses patients qu’il puisera toute l’énergie qu’il a toujours déployée tout au long de sa vie pour trouver un remède à leurs maux.
Les familles des personnes trisomiques qu’il soigne connaissent sa totale disponibilité, l’appellent chez lui au besoin et sont toujours écoutées, conseillées, consolées.

Il aide les parents à comprendre et à accepter cette épreuve dans une vision chrétienne : ces enfants trisomiques, créés à l'image de Dieu, sont promis à un avenir éternel où rien ne demeurera de leurs infirmités.
Il les assure que leur enfant, malgré un grave handicap intellectuel, débordera d'amour et de tendresse.
Sa vie se confondra désormais avec son combat.

Mais Jérôme perçoit, d’abord dans le corps médical américain, un courant qui préconise la suppression par l'avortement des malades à naître. Il voit avec frayeur quels risques sa découverte vient d'engendrer pour les bébés trisomiques. Pour combattre cette forme de racisme, l'appel à la réalité expérimentale lui paraît une arme décisive. Elle montre, en effet, aux esprits non partisans, qu'il n'est pas permis de regarder comme étrangers à l'espèce humaine des êtres qui, biologiquement, font partie de cette espèce : l'embryon est un homme.

Une foi profonde

            Août 1967 : le professeur Lejeune est convié par l'Association médicale israélienne, à Tel-Aviv. Alternent travaux et excursions ; la première a pour but le lac de Tibériade. "J'entrai dans une petite chapelle de mauvais goût, relate Jérôme... Je m'allongeai de tout mon long pour baiser la trace imaginaire des pas de Celui qui était là". À cet instant, il éprouve un sentiment inconnu : "Un fils retrouvant un Père très aimé, un Père enfin connu, un Maître révéré, un Cœur très sacré découvert, il y avait de tout cela et beaucoup plus...". 
             Tout fond au feu de ce brasier d'amour : le monde, les honneurs, la réussite, la crainte du jugement de l'autre. Il n'y a plus que le Seigneur, et la nécessité de répondre à sa bonté prévenante.
              Lorsque Jérôme rejoint les autres congressistes, une force s'est emparée de lui. Pour quel usage ? Un incident va le mettre sur la voie. En arrivant à Cana, le guide demande si quelqu'un sait la raison de la renommée internationale de la cité. Jérôme prend le micro et, naïvement, raconte l'épisode évangélique des noces et le miracle de l'eau changée en vin. Silence. Puis le guide : "Vous n'y êtes pas du tout ! Ce qui fait l'importance de Cana, c'est la présence des laboratoires de cosmétique Helena Rubinstein !". Éclat de rire général. Jérôme se tait : il se sent impuissant à venger l'outrage que le Christ vient de recevoir sous ses yeux. Voici maintenant Nazareth : en sortant du car, tout le monde se dirige vers la basilique de l'Annonciation. Mais les uns parlent à voix haute, d'autres se livrent à des plaisanteries obscènes sur la visite de l'Ange et la Virginité de Marie. Jérôme sent qu'on le provoque. Que faire ? Il entre et, lentement, se signe puis s'agenouille par révérence envers le mystère de l'Incarnation accompli en ce lieu. Curieusement, son attitude humble et courageuse fait taire les ricaneurs. Après cette profession de foi publique, personne ne provoquera plus le professeur Lejeune, mais on le met à l'écart du groupe.

"J'ai perdu mon Nobel"

             En août 1969, la société américaine de génétique décerne à Jérôme le "William Allen Mémorial Award", la plus haute distinction qui puisse être accordée à un généticien. Dès son arrivée à San Francisco, où on doit la lui remettre, Jérôme perçoit nettement qu'on envisage d'autoriser l'avortement des enfants trisomiques. Le prétexte est qu'il serait cruel, inhumain, de laisser venir au monde de pauvres êtres voués à une vie inférieure, et représentant une charge intolérable pour leur famille. Jérôme tremble : "Par ma découverte, se dit-il, j'ai rendu possible ce honteux calcul !". Après la remise du prix, il doit prononcer devant ses confrères une conférence. Aura-t-il le courage de dire la vérité ? Un mot célèbre de saint Augustin lui revient en mémoire : "Deux amours ont fait deux cités : l'amour de soi poussé jusqu'au mépris de Dieu a fait la cité terrestre, l'amour de Dieu poussé jusqu'au mépris de soi a fait la cité céleste". Peu importe sa cote dans le monde scientifique : Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, a dit Jésus, en vérité c'est à Moi que vous l'avez fait! (Mt 25, 40) II parlera ! "Dès le premier instant de la conception tout est là, rien ne sera plus ajouté. La tentation de supprimer par l’avortement des petits d’hommes malades va à l’encontre de la loi morale, dont la génétique confirme le bien-fondé ; cette morale n’est pas une loi arbitraire". Pas un applaudissement : silence hostile ou gêné parmi ces hommes qui sont l'élite de sa profession. Jérôme les a heurtés de front. Il écrit à son épouse : "Aujourd'hui, j'ai perdu mon " Nobel " de médecine" ; mais il est en paix. Il confie à son journal intime : "Le racisme chromosomique est brandi comme un drapeau de liberté... Que cette négation de la médecine, de toute la fraternité biologique qui lie les hommes, soit la seule application pratique de la connaissance de la trisomie 21 est plus qu'un crève-cœur... Protéger les déshérités, quelle idée réactionnaire, rétrograde, intégriste, inhumaine !".

Le combat médiatique

               Le monde médical faisant défaut, ne peut-on convaincre le monde politique ? En juin 1970, un député français, Peyret, dépose un projet de loi permettant le dépistage anténatal des enfants trisomiques et leur suppression par l'avortement. À la rentrée, les médias engagent le débat. Jérôme est invité aux Dossiers de l'Écran, émission télévisée à "grande écoute" : son intervention lui vaut un impressionnant courrier, parmi lequel des lettres bouleversantes de grands handicapés de naissance témoignant que leur vie est riche et unique, ainsi que des lettres de parents d’enfants trisomiques, qui disent l'affolement de leur fils ou de leur fille, lorsqu'ils ont compris qu'on veut tuer ceux qui leur ressemblent.
La clarté de ses réponses, sa sérénité, l’assurance puisée à la fois dans la connaissance de ses malades et dans sa volonté inébranlable de les défendre troublent ses détracteurs…Il ne sera pas réinvité.
                En réalité, la campagne en faveur de la suppression des malades trisomiques est un moyen d'introduire le droit à l'avortement. On s'emploie à discréditer Lejeune. Après avoir tenté de le contredire au cours de diverses conférences, le 5 mars 1971, lors d'une grande réunion publique à la Mutualité, les opposants, armés de barres de fer, en viennent à molester des femmes, des personnes âgées, même de grands handicapés. La police doit intervenir pour faire fuir les agresseurs. Quant à Jérôme, il s'en tire avec quelques tomates en pleine figure.
                La question de l'avortement agite maintenant toute l'Europe ; la Grande-Bretagne a emboîté le pas aux États-Unis, qui ont légalisé le dépistage de la trisomie et son " traitement " par l'avortement. La campagne médiatique, en France, s'étend à l'avortement de tous les indésirables : "Un bébé ne devient légalement une personne que lorsqu'il est né" ; "une femme a le droit de faire ce qu'elle veut de son corps"... Arguments spécieux, auxquels maints catholiques se montrent perméables, parfois même au point de les propager.

La protection du plus petit

               Lors d'un voyage en Virginie, en octobre 1972, on présente à Jérôme un protocole à appliquer lors d'expériences de physiologie ou de biochimie pratiquées sur des fœtus de cinq mois, "prélevés " dans ce but par césarienne. Il écrit à son épouse : "Le texte dit de les traiter comme n'importe quel prélèvement de tissus ou d'organes, mais précise qu'il faut les tuer au bout de peu de temps... J'ai simplement dit qu'aucun texte ne pouvait réglementer le crime". Ses confrères si qualifiés, comment en sont-ils venus là ? Ils ont été formés, sous prétexte de rigueur scientifique, dans une optique où Dieu n'a pas de place : est admis, non ce qui est conforme à la loi de Dieu, mais ce qui est possible ; est refusé ce qui gêne le progrès matériel. Pour eux, le fœtus n'est plus un homme, une créature de Dieu, destinée à Le voir et à L'aimer pour l'éternité. Il peut alors devenir la cible de toutes les attaques : il suffit d'obtenir une majorité.

La légalisation de l’avortement

           1973 : les Etats-Unis viennent de reconnaître constitutionnellement le droit à l'avortement .
Le 7 juin, le projet de loi dépénalisant l'avortement est déposé à l'Assemblée nationale. Jérôme constate que l'on avance des chiffres faux et que l'on se sert des cas d'extrême détresse, auxquels il est pourtant très attentif, pour faire passer le droit à l'avortement. De prétendus sondages incitent à croire que la moitié du corps médical y est favorable : or, au même moment, grâce à l'initiative de Madame Lejeune, sont rassemblées et publiées plus de 18.000 signatures de médecins français (soit la plus grande partie du corps médical) déclarant leur opposition à l'avortement, et manifestant ainsi que la campagne médiatique est manipulée. Aux médecins se joignent bientôt des infirmières, puis des magistrats, des professeurs de droit, des juristes, plus de 11.000 maires et élus locaux. Le projet est enrayé.
           Mais la pression des médias - essentiellement animés par les tenants du droit à l’avortement - et du monde politique qui les suit, sera la plus forte, et le 15 décembre 1974, la loi Veil
permettant l'avortement, est adoptée à l'Assemblée nationale, pour une durée de cinq ans…
         
Cette même année, nommé par Paul VI, il devient membre de l’Académie Pontificale des Sciences.

Jean Paul II

         Le 13 mai 1981, Jérôme et son épouse sont à Rome : le Saint-Père Jean Paul II désire les recevoir en audience privée. Après l'entretien, le Pape les retient spontanément à déjeuner : une grande amitié est née. Le soir même, en rentrant à Paris, ils apprennent l'attentat dont Jean-Paul II vient d'être victime place Saint Pierre, quelques heures après qu'ils l'ont quitté.
         La santé de Jérôme est ébranlée par cette nouvelle et au même moment il va lui aussi faire un séjour à l’hopital où il est opéré et se remet au même rythme que le Saint Père.
         À l'automne, préoccupé par la situation internationale, Jean Paul II décide d'envoyer à chaque chef d'État en possession de l'arme nucléaire une délégation de membres de l'Académie pontificale des Sciences, porteurs d'un rapport sur les dangers de la guerre atomique. Pour l'URSS, il désigne Lejeune et deux autres. La rencontre a lieu le 15 décembre 1981. C’est une grande première, puisqu’aucune délégation du Saint Siège n’avait jamais été reçue par un gouvernement soviétique. De plus le contexte est particulièrement difficile puisque sous la pression de Moscou le gouvernement polonnais a décrété l’état de siège afin d’agir plus efficacement contrer Solidarnosc. Leonid Brejnev se montre très attentif. "Nous, scientifiques, dit clairement Jérôme, nous savons que, pour la première fois, la survie de l'humanité dépend de l'acceptation par toutes les nations, de préceptes moraux transcendant tout système et toute spéculation." De cette mission diplomatique étonnante, aucun écho dans la presse française…
          Une autre assurance de l’estime qu’il inspire lui est donnée par son élection à l’Académie des sciences morales et politiques en juin 1982 ; en effet, même si ses prises de position en agacent plus d’un, force est de reconnaître son extraordinaire talent.
          En dehors de la France et tout au long de sa vie , il sera nommé dans de prestigieuses Académies étrangères qui souhaitent l’honorer ou s’enrichir de ses compétences.
Sa vie n’est pas cependant une course aux honneurs, car il n’est véritablement intéressé que par une chose : trouver ce qui pourrait guérir ses malades : "Nous trouverons. Il est impossible que nous ne trouvions pas. C’est un effort intellectuel beaucoup moins difficile que d’envoyer un homme sur la lune".
          Les tracasseries administratives, qui, à partir du vote de la loi Veil, avaient commencé à viser Jérôme, notamment sous la forme de contrôles fiscaux répétés, prennent une tournure plus aiguë. Ses crédits de recherche sont supprimés ; il est contraint de fermer son laboratoire. Indignés par ce procédé, des laboratoires américains et anglais lui octroient sans contrepartie des crédits privés; cette solidarité désintéressée lui permet de reconstituer une équipe de chercheurs animés des mêmes motivations. Il n’avait qu’une obsession : c’était de trouver et soulager la souffrance de ses patients.

Dans l’épreuve

          En août 1988, on presse le professeur Lejeune de témoigner à Maryville, aux États-Unis, dans un procès spectaculaire dont l'enjeu est la survie d'embryons congelés : une fois de plus il s’agit d’affirmer, arguments scientifiques à l’appui, que l’humanité de l’enfant conçu ne dépend pas du "projet parental" qui peut ou non l’accompagner, mais de l’existence bien réelle de sa vie propre.
          Il s’agissait donc ici de parents d’embryons congelés. Le couple était en train de divorcer et s’opposait sur la sort de ces embryons : le père voulait leur destruction les considérant comme de simples biens dont il est facile de disposer, et la mère souhaitait au contraire qu’ils soient implantés comme cela avait été prévu à l’origine, les considérant déjà comme ses enfants.
          Malgré la fatigue, Jérôme tient à soutenir la mère de ces embryons qui veut les appeler à la vie et à travers elle, éclairer tous ceux qui hésitent sur le statut de ces êtres en attente.
Le Professeur est cité à comparaître par l’avocat de la mère en tant que scientifique apte à témoigner sur la nature de ces vies.
Le retentissement du procès est énorme, les télévisions et les radios se passionnent pour le sujet. La mère gagna en première instance, perdit en deuxième.
         En août 1989, le roi des Belges, Baudouin Ier, en situation difficile face à son parlement prêt à autoriser l'avortement, prie Jérôme de le conseiller. À la fin de l'entretien, le roi lui propose : "Monsieur le professeur, cela vous ennuierait-il que nous priions ensemble un moment ?". On sait quelle attitude exemplaire le roi prit ensuite dans cette affaire, jusqu'à renoncer même à sa charge pour ne pas offenser Dieu.
 
         A la fin de cette même année, il va témoigner là encore de toute sa rigueur scientifique. L’authenticité du Linceul de Turin fait l’objet de doutes voire de quolibets lancés contre l’Eglise : la datation au carbonne 14 viendrait infirmer les espoirs des chrétiens et ridiculiser cet objet de piété. Jérôme Lejeune va montrer lors d’un colloque réunissant les plus grands scientifiques en matière archéologique historique et médicale que la malhonnêteté et l’approximation ne sont pas du côté que l’on croit et que l'état de la science aujourd'hui prouve au contraire l'authenticité du linceul.

En service commandé

         Le 5 août 1993, le Saint-Père décide la création d'une Académie pontificale de la vie, consacrée à la défense de la vie ; le président en sera le professeur Lejeune. Entre le Pape Jean Paul II et celui-ci, il y a en effet une convergence : l'avortement est, à leurs yeux, la principale menace contre la paix. Si les médecins commencent à tuer, pourquoi les gouvernants s'en priveraient-ils ? Cette nomination laisse Jérôme abasourdi ; il s'accorde quelques jours pour réfléchir, car il ressent une grande fatigue.

         Vers la Toussaint, il consulte son ami le professeur Lucien Israël. Celui-ci, le visage décomposé, lui met sous les yeux les radios de ses poumons : elles révèlent un cancer déjà avancé. Jérôme accepte la réalité avec courage et soumission à la Volonté divine. Il faut apprendre la chose à Birthe et aux enfants : "Vous ne devez pas vous inquiéter jusqu'à Pâques : je vivrai au moins jusque là" ; soudain, il ajoute : "Et à Pâques, il ne peut rien arriver que de merveilleux !". Les séances de chimiothérapie commencent au début de décembre : elles sont très pénibles, comme il s'y attendait. 
        
        Il continue pourtant à recevoir les appels téléphoniques, à réconforter les familles des patients. Ayant averti le pape Jean Paul II de son état de santé et décliné la présidence de l'Académie pontificale pour la Vie - comme celle de l'Académie des sciences morales et politiques, qui vient de lui être attribuée - il est informé que Jean Paul II refuse de nommer un autre président. Jérôme sourit : "Je mourrai en service commandé". Jusqu'à la fin, il s'efforce de rédiger les statuts de l'Académie. Il sent son impuissance, mais son esprit de foi lui montre la fécondité des échecs eux-mêmes. Jamais il ne se plaint : il unit ses douleurs par amour à la Passion du Christ.

Ses derniers mots

       Le Mercredi Saint 30 mars 1994, comme il délire, en proie à une fièvre de plus de 40 degrés, il est placé en soins palliatifs. Le lendemain, à l'aube, il reprend conscience. Le Vendredi Saint, il confie au prêtre qui lui donne les derniers sacrements : "Je n'ai jamais trahi ma foi". C'est tout ce qui compte devant Dieu... Il dit à ses enfants qui lui demandent ce qu'il veut léguer à ses petits malades : "Je n'ai pas grand-chose, vous savez... Alors, je leur ai donné ma vie. Et ma vie, c'est tout ce que j'avais". Puis, ému jusqu'aux larmes, il murmure : "Ô mon Dieu ! c'est moi qui devais les guérir, et je m'en vais sans avoir trouvé... Que vont-ils devenir ?". Puis, rayonnant, il s'adresse aux siens : "Mes enfants, si je peux vous laisser un message, c'est le plus important de tous : nous sommes dans la main de Dieu. Je l'ai vérifié plusieurs fois".
Le lendemain, Samedi Saint, se passe doucement : Jérôme est serein. Pourtant, en fin d'après-midi, la gêne respiratoire revient, plus forte. Soudain autoritaire, il commande à sa femme et aux siens de rentrer à la maison. Il ne veut pas qu'ils assistent à son agonie.
        Le dimanche matin, vers sept heures, il dit péniblement à un confrère, quasi-inconnu, qui lui a tenu la main une grande partie de la nuit : "Vous voyez... j'ai bien fait... " et il rend l'esprit. Dehors, les premières sonneries de cloches se font entendre : c'est le jour de la Résurrection, le jour de la Vie, celle qui ne finit pas. Car le Christ est la Vie éternelle (1 Jn 5, 20 ) !


Le témoignage du Très Saint Père
 
       Le lendemain, le Pape Jean-Paul II écrivait au sujet de Jérôme Lejeune : "Nous nous trouvons aujourd'hui devant la mort d'un grand chrétien du XXe siècle, d'un homme pour qui la défense de la vie est devenue un apostolat. Il est clair que, dans la situation actuelle du monde, cette forme d'apostolat des laïcs est particulièrement nécessaire...".

       En août 1997 : Jean-Paul II est en France pour les Journées Mondiales de la Jeunesse. On apprend que le Pape a bousculé le programme de son voyage : malgré sa fatigue et les pressions contraires, il se rend à Châlo-Saint-Mars, bourg d'Île-de-France, afin de se recueillir sur la tombe de son ami le professeur Lejeune.

       Lors du 10ème anniversaire de l’Académie pontificale pour la Vie après que le Saint Père a rappelé sa création par le Professeur – dont il "garde un souvenir cher et reconnaissant" -, le Cardinal Fiorenzo Angelini a suggéré qu’une demande soit faite afin d’ouvrir son procès en béatification : "Dans le Professeur Jérôme Lejeune nous retrouvons les plus hautes vertus : la foi, dans laquelle il puisait le courage de la défense héroïque de la vie au prix d’énormes sacrifices ; l’espérance avec la recherche inlassable vers la conquête de la guérison ; la charité avec son entier dévouement pour soigner les plus déshérités et son apport à la communauté scientifique à qui il a tant donné sans jamais rien prétendre pour lui-même. Il est l’exemple d’une vie pour la Vie".



Cette biographie s’inspire largement des ouvrages de :
- Clara Lejeune : "La vie est un bonheur - Jérôme Lejeune, mon père"
- Jean Marie Le Méné : "Le Professeur Lejeune, fondateur de la génétique moderne"
- Anne Bernet : "Jérôme Lejeune" (biographie)
- l’abbaye Saint-Joseph de Clairval